Interview : AUCKLANE

Quelques jours après la sortie de son album GOOD GIRL/BAD SEED, c’est autour d’un chocolat chaud bien hivernal que nous sommes allés à la rencontre de Charlotte Maquet, tête pensante d’AUCKLANE, pour évoquer ce premier opus !

Salut Charlotte, comment vas-tu ?

J’ai terminé mon année en étant hyper contente de moi, de mes chansons que j’aime, tout comme l’album. Je me suis posée en me demandant quelle était la prochaine étape et en fait, je n’attends pas de validation extérieure en mode « c’est bien ou c’est pas bien », tout le monde a son avis et le donne différemment. Je me suis alignée avec la manière dont c’est fait. Je ne le serai peut-être plus dans un an mais pour le moment, c’est le cas. Je suis surtout curieuse de savoir comment les gens vont s’approprier cet album. Je suis plutôt dans ce mood, j’ai fait mon taf’, il est dehors et je suis curieuse de voir comment il va trouver sa place dans la vie des gens. Je suis plutôt en paix.

Comment tu t’es sentie au moment où l’album a enfin été disponible ?

Je n’ai pas tout de suite réalisé, c’était une semaine avec beaucoup de promo donc c’était « juste » un élément de plus dans une semaine hyper chargée. C’est seulement quelques jours après, au calme, que je me suis dit « on y est ». Il y a encore un an, j’écrivais dans mon carnet que j’avais hâte que l’album sorte et maintenant, ça y est, la pièce est tombée.

GOOD GIRL/BAD SEED est sorti ce 17 janvier

Peux-tu nous expliquer la genèse de GOOD GIRL/BAD SEED ?

Il y a plein d’étapes, on a vraiment travaillé dessus depuis octobre/novembre 2023. C’est le moment où on s’est mis à 100% sur la création pour finir les chansons, les enregistrer, sortir les singles, faire les CD’s… Mais c’est l’accomplissement de cinq ans de travail en fait ! Il y a des chansons que j’ai commencé à écrire au début du projet, qui ont changé de forme et on a passé cinq ans à peaufiner le tout. C’est le disque que je voulais faire depuis le début ! C’est cinq ans de projection et de recherches pour y arriver.

En écoutant l’album, j’ai l’impression d’écouter une boucle infinie où chaque morceau est la suite d’une histoire pour revenir au premier morceau. Est-ce que tu l’as pensé comme ça ?

Pas du tout ! (rires) Mais j’aime beaucoup ! L’ordre des chansons est venu intuitivement par les tempos et ambiances qui seraient chouettes à écouter en termes d’énergie, pas dans un ordre pour raconter une histoire même si j’ai l’impression d’avoir sorti un bouquin avec plein de chapitres où chaque chanson peut être un chapitre de livre, un morceau de film dans un ensemble cohérent. Mais l’ordre, c’était plutôt une question de passage d’énergie d’une chanson à l’autre pour que ça soit agréable à écouter. J’ai mis des chansons qui accrochent au début parce que maintenant, les gens écoutent les trois premières chansons avant de décider s’ils aiment bien ou non. Après, c’était comment elles se suivaient en termes d’énergie, de mood plutôt que d’histoire.

Justement, j’ai le sentiment que les premiers morceaux sont vraiment dans une énergie peps avant de basculer vers quelque chose de plus en plus sombre vers la fin. C’était une volonté de ta part ?

Je vois ce que tu veux dire, même si Glowing Lights (morceau qui ouvre le disque, ndlr) est plutôt dark aussi. En fait je ne l’ai pas pensé comme ça.

Finalement je n’ai rien compris à l’album ! (rires)

Non, justement c’est ce que je disais, je trouve ça hyper intéressant ! C’est clair que Hard to Get et Berlin sont les deux plus lumineuses et sont l’une à la suite de l’autre. Là où je suis d’accord avec ce que tu disais plus tôt, c’est que Glowing Lights pour moi, dans cette idée de chapitre, de morceau de film, c’est une chanson qui plante le décor. C’est là que je dépeints la ville à un moment T, c’est de l’observation de la ville donc ça faisait sens qu’elle soit en premier. Par contre, si ça avait une histoire, j’aurais mis Midnight Girl en deuxième piste pour présenter le personnage mais je voulais quelque chose de plus catchy pour accrocher les gens et les avoir jusqu’au bout.

La thématique de la ville revient beaucoup dans l’album, notamment dans Berlin, Glowing Lights, … A quel point tes déplacements ont-ils influencé le disque ?

C’est justement mes non-déplacements qui ont inspiré tout ça ! A part Berlin, tout se passe ici. Mais justement, avec les tensions que ça me procurait d’être toujours dans les mêmes trucs un peu dark. Il y a beaucoup de la ville de nuit parce que c’était quelque chose qui m’obsédait pendant longtemps donc j’avais besoin d’aller au bout de ce truc. Berlin, elle a un peu de Liège parce que pour moi, la chanson parle moins de la ville en elle-même que de ce truc que plein de gens peuvent porter et ont de tout plaquer pour partir recommencer leur vie ailleurs, déménager, changer de boulot, de cadre, d’amis… pour voir comment serait ta vite et avoir l’opportunité d’en vivre une autre. Ça m’a obsédée très longtemps d’avoir une seule vie alors qu’il y a tellement de choses à vivre. « Choisir, c’est renoncer », c’est quelque chose qui m’a obsédée pendant longtemps et qui est très présent dans mes chansons. Berlin, c’est ça, ce rêve que t’as d’aller voir qui tu peux être si tu vas ailleurs, le côté hyper excitant que ça peut avoir d’y être, de découvrir une autre ville avec le côté page blanche. Il y a à la fois la douleur que c’est quand t’es entouré des gens que t’aimes mais que tu as cette idée en tête de te barrer et à la fois, quand t’es parti, les gens te demandent si ta ville d’origine ne te manque pas trop. C’est toute une contradiction mais ça part quand même de ta ville d’origine. 100% des chansons sont ici à Liège donc c’est plus imprégné d’ici que de voyages.

Tu dis que « choisir c’est renoncer » et pour moi, dans Get Yourself A Dream, il y a un véritable appel au lâcher prise. Tu peux nous en dire plus sur ce morceau ?

Celle-ci, je la mettrais dans les morceaux plus joyfull et lumineux. Ça parle de la dévotion que tu peux avoir dans un projet, dans un rêve et du fait qu’il faut donner tout ce que tu as pour aller au bout ! Ça va susciter de l’incompréhension, tu vas peut-être perdre des chemins en cours de route mais ça vaudra le coup. C’est ça, pour moi, cette chanson.

Tu t’es entourée de plusieurs musiciens de la région de Liège sur ce disque comme Damien Chiericci, Jérôme Magnée… Quelle importance donnes-tu aux collaborations ?

C’était hyper nouveau pour moi parce que je suis très control freak. J’ai plutôt tendance à vouloir tout faire moi-même sauf que tu te doutes bien que je ne sais pas jouer du violon… Pour cet instrument par exemple, on avait tout fait en maquettes avec des violons « artificiels » où ça donnait déjà très bien mais plus on avançait, plus on se disait que ça n’avait pas de sens, « appelons Damien ! » C’était nouveau mais pour moi mais tellement chouette, logique et fluide. Ce sont des amis, on se connaissait bien. A ce moment-là, Louan (Kempenaers, ndlr) est venu jouer du piano mais n’était pas encore revenu dans le projet donc j’ai vraiment invité des copains. J’aurais pu faire ce piano moi-même mais ça aurait été moins bien fait.

Tu leur as laissé quelle marge de manœuvre ?

Zéro ! (rires) Pas du tout, ils ont eu de la marge de manœuvre, on avait posé les idées qu’on avait et ils ont proposé des choses différentes et supplémentaires et c’était super bien.

Aucklane par Emilie Cronet

Quelles ont été tes influences pour l’album ?

Je peux complètement assumer mon influence Arctic Monkeys en numéro 1, je pense que ça s’entend. On a travaillé la batterie comme eux l’ont fait pour l’album AM, c’est-à-dire de façon hyper découpée. C’est Thibault (Jungers, ndlr) qui joue mais il a séparé, les toms et compagnie puis les cymbales. J’ai une vidéo de lui qui joue où il fait de la air batterie sur les cymbales parce qu’il ne sait pas faire autrement ! On a tout redécoupé dans la session pour avoir quelque chose de carré et épuré dans l’idée d’AM avec une approche hip-hop de la batterie, ça me plaisait beaucoup. C’est un album qui m’a beaucoup marquée, il est parfait à mes yeux. Pour le reste, c’est super difficile à dire. J’ai envie de dire Jack White pour le côté choix des sons de guitares à certains moments. Cette dernière année, j’ai beaucoup écouté le dernier album des Black Pistol Fire mais sinon, j’aurais bien du mal à dire quelque chose en particulier parce que je n’ai pas réfléchi à le faire comme ça. Ce qui est marrant aussi, c’est qu’on m’a sorti plein d’influences que je n’écoute même pas comme Garbage ou PJ Harvey. On m’a aussi demandé si « Bad Seed » c’était une référence à Nick Cave. J’ai de la peine à mettre le doigt sur des influences parce que j’ai un mélange de plein de choses tout en faisant ce que je voulais faire en cherchant comment ça pouvait être moderne. On a fait attention avec Hugo (Vandendriessche, ndlr) à écouter des choses récentes. Je trouve que Billie Eilish c’est la classe donc on a réfléchi à ce qu’il y avait de moderne dans ses prod’, j’ai adoré le dernier album d’Olivia Rodrigo donc j’ai cherché à savoir ce qu’étaient le rock et la pop aujourd’hui pour savoir ce que je pouvais aller chercher pour rendre le truc moderne et pas classic rock.

Comparé à l’EP, on sent encore plus que tu assois ta patte, ça s’entend beaucoup plus sur cet album.

C’est ce que j’avais en tête depuis le début ! Quand on a fait l’EP, c’était hyper cool mais l’approche était beaucoup plus roots, tous ensemble dans la même pièce, on enregistre sur des trucs analogiques avec quelques arrangements mais moitié moins que ce que je voulais alors qu’ici c’est dingue le nombre de couches qu’il y dans chaque titre ! C’était mon kiff, c’est l’album que je voulais faire.

Si là maintenant tout de suite, on te disait « tu commences le deuxième album », qu’est-ce que tu garderais de ton processus de création et qu’est-ce que tu retirerais ?

J’ai entendu beaucoup de personnes dire, en sortant de studio, « je ne peux plus entendre cet album/cette chanson » et je me refuse de dire ça un jour. Je vais vraiment faire attention à ça et je me suis dit que peu importe les obstacles, le temps que ça prend, les frustrations, je ne veux laisser personne pourrir ma vibe et il est hors de question que je sorte de ce processus en me disant que je ne peux plus entendre mes chansons. Ça je veux refaire, c’était ma plus grosse victoire sur cet album ! Je veux que ça soit comme ça à chaque fois ! Je suis hyper perfectionniste, obsessionnelle, je me mets constamment la pression mais j’apprends à me calmer, je l’ai bien fait et je veux garder ça. En fait, je n’ai pas encore d’idées pour la suite, je vais laisser germer tout ça mais là, j’ai le beurre et l’argent du beurre parce que j’ai fait les deux manières de travailler que je souhaitais. Depuis le début, on se dit « je veux travailler avec un producteur parce que c’est super important de bosser avec quelqu’un qui a de l’expérience, une vision, un nom pour faire rayonner le projet, on va aller dans un super studio » (plusieurs titres de l’album ont été enregistrés dans le studio de Nicolas Quéré en Bretagne, ndlr) et d’un autre côté, avec Hugo, on avait envie de savoir de quoi on était capables juste nous. Hugo n’avait jamais produit d’album avant, c’est un ingé son de concert à la base. Il y a encore des producteurs avec qui j’ai envie de bosser et à la fois je suis libre de bosser six mois pour enregistrer des chansons si je veux ou de passer quatre jours sur un son de guitare.

Tu as travaillé ce disque pour le live ou tu te laisses la possibilité de tout retravailler pour le live ?

J’ai d’abord pensé à l’album et puis j’ai pensé au live. Même les chansons que je jouais live avant, je les ai repensées pour l’album. On vient de préparer le live en faisant des modifs pour les concerts. On l’a fait en deux temps parce que je pense que le live peut être pus énergique, j’ai envie qu’il se passe plus de choses alors que l’album que je voulais immersif avec plein de sons, de couches, comme dans une bulle. Par exemple, Always The Same, on la joue depuis longtemps en live dans une version bien rock et rentre-dedans mais sur l’album, je l’ai faite redescendre d’un cran. Ça s’est fait en deux temps.

Il y a des artistes qui rentrent en studio avec 30 chansons et qui en ressortent 12, tu ne fais pas comme ça ?

L’écrémage s’est fait avant le studio. Au tout début du projet, je suis arrivée avec des maquettes qui n’ont pas été retenues. Il y a une ou deux chansons qu’on jouait en live avant mais qui, finalement, ne nous plaisaient pas plus que ça donc on a laissé tomber. Il y avait des maquettes non finies et je ne voyais pas trop comment les terminer donc c’était une question de feeling.

Quelle est la suite des projets ?

On est en pleine promo encore. La release au Reflektor, c’est notre prochain objectif et pour la tournée, j’espère plein de dates, de festivals et puis après, départ au Canada parce que je viens de signer avec un booker au Québec. On part à l’automne prochain et on espère pouvoir ensuite décrocher d’autres partenaires à l’étranger. Pour revenir au deuxième album, je me disais que je n’allais pas réécrire tout de suite, qu’il me fallait une coupure et qu’on verrait bien où j’en serais dans ma vie pour écrire mais hier, je me disais que ce que j’aimais dans la vie, c’est écrire. Donc je ne vais pas me retenir de faire ce qui me passionne le plus pour un calendrier, ça n’a pas de sens.

Et toi, t'en as pensé quoi ?