Nantes Metal Fest : en jaune et noir

Le week-end dernier à Nantes, c’était gilet jaune la journée et t-shirt noir le soir. Pour sa septième édition, le festival se passe toujours dans les anciens hangars à bananes, au Ferrailleur. Le café-concert que le monde nous envie, « the place to wear a black t-shirt ». Le festival affichait complet, avec quinze groupes de styles différents répartis par genre sur les trois jours.

 

Jeudi c’était la journée doom, autrement dit ambiance fête de la saucisse, la poilade assurée.
Le Jägermeister traditionnel coule à flot quand l’alarme anti-aérienne retentit le public se met à l’abri devant la scène pour le dark hardcore des Nantais de Hilldale. Le chanteur vomit son core sur un son poisseux et malsain, en complète adéquation avec l’apéro servit juste avant. Après trois quarts d’heure d’angoisse, le rideau se ferme.
Tout juste le temps de siroter un demi, l’alarme retentit à nouveau pour Lux Incerta. Et là c’est l’exception de la journée, un retour aux sources du style, une vraie bouffée d’air froid, celui qui est resté enfermé pendant des siècles dans une crypte. Les Parisiens présentent un metal doom gothique parfaitement exécuté. Le chanteur est un croisement entre Tobias Forge (Ghost) et Dave Gahan (Depeche mode). Il entraîne l’audience vers les tréfonds de son sanctuaire désespéré avec son chant clair et suave sur des sonorités à la Anathema (premiers albums). Le public se laisse porter dans des messes funèbres et des rêves sataniques surgissent grâce au growl de l’artiste. Ça fait du bien un bon doom à l’ancienne.

Le Ferrailleur se réveille ensuite sur les Nantais de 20 Seconds Falling Man. Un post hardcore vivifiant par rapport au groupe précédent mais qui reste bien dark. Les cris puissants et déchirés d’Arno sur leur son en perdition, teinté d’accords dissonants, donnent un sentiment de rage du désespoir.
Ils sont suivis par les Rennais de Fange et leur Sludge Swedeath. Ils donnent une fusion groove/doom/core brute de pomme. Leur marque de fabrique est le « soucis son », on se prend un mur de saturation bien gras qui salit tout ce qui bouge. Le public est saucé.

Le rideau s’ouvre une dernière fois pour cette journée sur Hangman’s Chair, issus de la banlieue parisienne. Ils se classifient en rock mais sonnent vraiment doom stoner avec des rythmes lents et puissants accompagnés par la voix aiguë du chanteur. Leurs influences psychés annoncent clairement la couleur du lendemain.

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Pic by « La Faute à Rélie »

Vendredi rime avec patchouli, ça tombe bien c’était la journée stoner/psyché. En ouverture, les Nantais de Solar District ne se sont pas dégonflés et ont joué leur rock electro mélodique limite pop. Choix étonnant dans la prog’ mais ils ont assuré face à un public curieux, habitué à la diversité. Les Bordelais de Little Jimi arrivent ensuite pour conclure leur tournée nationale et rétablissent l’ambiance avec leur power rock psychédélique hyper seventies. Fermeture de rideau, décrassage de gosier et sirène, Big Sure débarque enfin. Les hippies nantais jouent leur stoner fleuri en portant les lunettes et cheveux mi-long réglementaires. Ils ont même un clavier endiablé qui alterne avec la guitare et devient complètement possédé. Des riffs, des solos, des tempos à quatre, cinq ou sept temps dans la même chanson de vingt minutes, ils font une prestation impressionnante. Leur set complet et rigoureux annonce la suite en grande pompes, Enlightened. Les Nantais sont ici chez eux, ils jouent sans pression, les blagounettes fusent. Ils proposent un metal prog aux influences stoner percutant. Finie la fraîcheur printanière, on est bien chez les velus.
Changement de groupe, changement d’ambiance, le rideau s’ouvre finalement sur le rock psyché sensible des Bordelais de Mars Red Sky. Julien Pras et sa voix fluette et fragile transporte son audience dans un voyage intérieur fait de doutes et de solitude. La soirée se termine tout en délicatesse, fait très inhabituel pour le Ferrailleur.

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Pic by « La Faute à Rélie »

Ici, le samedi, c’est heavy groovy. On sort son plus beau ventre à bière, on évite les manifestants (ou les CRS c’est selon) et on arrive suffisamment décoiffé pour les Nantais de Shade and Dust et leur death alternatif puissant et mélodique. Difficile de résister à leur infusion de groove, aux riffs hyper entraînants et une voix grave et rocailleuse à souhait. Ils cèdent la place aux locaux de Desperhate qui présentent un thrash metalcore à se briser la nuque déjà bien échaudée. Ça pogote sévère devant la scène en feu habituée à ce genre d’ambiance déchaînée. Les Cannais de Heart Attack proposent ensuite un groove thrash acéré. La brutalité est à son comble chez les coreux. On est presque en manque de calme, histoire de respirer. Ça tombe bien, le violent c’est fini, enfin juste pour l’édition du festival. Il laisse la place aux Viennois de Flayed, une vraie douceur pâtissière. Ils pratiquent un « hard hitting rock’n roll machine » selon leur dire. Leur son est hyper entraînant et bon enfant, un croisement entre Led Zep et BRMC. On se détend sur du bon rock classique et bienveillant qui annonce la couleur de la suite.

Last but not least, quoi de mieux que les Sticky Boys pour clôturer un festival ? Les Parisiens jouent leur heavy sympatoche devant un public conquis d’avance qui les connaît bien. Les trois barbus disjonctés surfent sur la bonhomie générale et enchaînent leurs classiques irrésistibles. Remède à la soupe à la grimace, ils mettent la banane et la pêche en même temps, une vraie salade de fruits.

Ainsi prend fin le Nantes Metal Fest. Un condensé d’émotions variées, le Ferrailleur est passé par tous ses états et finit sur une note festive. Le week-end nantais a était sacrément enflammé, autrement dit, qu’importe la manif, pourvu qu’on ait l’ivresse.

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Pic by « La Faute à Rélie »

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