Eddy de Pretto joue tripes sur table

Trois ans quasi jour pour jour après l’excellent Cure, Eddy de Pretto est de retour avec son second album A tous les bâtards. Chronique !

Sur son premier album, Eddy de Pretto se livrait sur des pans sombres de sa vie. Ça parlait cul, drogue, genre… mais surtout, c’était bien fait. 36 mois plus tard, Eddy est devenu un artiste incontournable et reconnu dans le paysage musical mais aussi une figure LGBTQ+ importante parfaitement assumée et cette force de s’assumer, il la chante parfaitement sur Freaks, dédicace habitée à ces oubliés/rejetés de tous sexes et genres (« à tous les étranges oh, les bizarres oh, les bâtards, tous les monstres, ceux qui dérangent, les mis à l’écart »).

Alors bien sûr, le chanteur de Créteil poursuit dans la lignée de Cure en continuant à nous parler de lui, ce « lui-d’avant » et ce « lui-présent ». Toujours avec ce spleen maîtrisé, il nous parle non sans nostalgie de sa jeunesse, notamment sur Créteil Soleil, ce centre commercial qu’il voyait depuis sa chambre d’ado et dont l’enseigne a été retirée, provoquant une sorte de perte de repères, de souvenirs chez lui. C’est aussi avec émotion qu’il propose le touchant Rose Tati, chanson à la composition merveilleuse évoquant la tati du chanteur « qui habitait Montmartre avant » et qui semble avoir joué un rôle important dans sa vie. Ce morceau nous arrache d’ailleurs une larme lorsqu’il se clôture sur un message vocal de ladite Rose Tati. Merveilleux.

Mais il excelle aussi dans sa façon de chanter le présent et même la société ; Parfaitement est un hymne à vivre, à être libre, à faire les choix qui nous poussent à être épanouis, à ne pas s’imposer ce qu’on attend de nous mais à faire un bon gros fuck aux clichés d’une société bien établie. C’est brillant, sincère et percutant. Impossible aussi de passer à côté de Neige en août qui fait écho à la situation actuelle et à son absurdité (« Dis-moi si tout va bien en ces temps qui grondent […] sens-tu qu’on est plein à être dans le doute ? Regarde ce matin, tout va bien, il y a de la neige en août ! ») Grosse évolution également au niveau des instrus. Sur Cure, on surfait sur quelque chose davantage minimaliste et droit au but alors qu’ici les arrangements ont clairement monté d’un cran pour rajouter une nouvelle et superbe atmosphère musicale à l’ensemble de l’œuvre.

Que dire de plus si ce n’est que A tous les bâtards est une réussite sur tous les points ? Eddy de Pretto fout ses tripes sur la table de mixage et les greffe sur un album cinq étoiles. D’un revers de micro, il balaye ses souvenirs, son présent et même son futur car comme il le conclut magistralement sur Tout vivre, « Et maintenant me revoilà, avec le deuxième dans les bras. Faites bien des écoutes d’avance, le troisième j’y arriverai p’têt pas ! » On n’espère pas putain.

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