Stromae: travail de maestro

On se souvient du fameux clip de Stromae sur sa chanson « Formidable » filmé Avenue Louise dans lequel le chanteur se mettait en scène complètement ivre citant des passages de sa chanson (encore inconnue jusque-là) faisant ainsi LE buzz et le propulsant numéro 1 des téléchargements aux côtés de son second single « Papaoutai ». Le voici maintenant avec son second album : « Racine carrée ». Chronique !

L’album s’ouvre sur « Ta fête » avec un brin d’agressivité dans les paroles. Tout le monde souhaiterait faire sa fête à cette personne, le tout renforcé par les sonorités électro qui seraient déjà presque la marque de fabrique de Stromae. Pas beaucoup de paroles sur ce titre mais déjà une excellente entrée en matière avec un son pareil !

La chanson suivante n’est déjà plus à présenter, il s’agit de « Papaoutai », LA chanson numéro sur les chaînes de radio belges. Il n’est pas sans savoir que l’artiste a souffert de l’absence de son père dès son plus jeune âge ce qui renforce le texte sublime de ce morceau. Dès les premiers mots, on ne peut qu’être attiré par la suite : « Dites-moi d’où il vient, enfin je saurai qui je suis… ». Une des pièces maîtresses de sa carrière très certainement.

En troisième position, on retrouve « Bâtard ». Stromae s’adresse à un gaillard en lui demandant s’il est de gauche ou de droite, Wallon ou bien Flamand (tiens, la patte belge) puis s’excuse car « Monsieur n’est pas raciste, d’ailleurs Monsieur a un ami noir… Monsieur pète plus haut que son trou d’balle ». Un texte qui risque de frapper un grand coup au vu des tensions actuelles au sein du plat pays qui est le sien !

C’est sur un air de rumba et de musique « tropicale » que débute « Ave Cesaria », hommage à la chanteuse Cesaria Evora décédée en décembre 2011. Digne d’une déclaration d’amour,Paul Van Haver (de son vrai nom) tourne ce texte avec brio alignant des expressions qui risquent de devenir cultes dans les mémoires des fans. Un exemple avec « Souviens-toi de la première fois, où nos regards se sont croisés, même que ton œil disait merde à l’autre, surtout à moi… » La classe.

Le Bruxellois change de peau pour « Tous les mêmes » et endosse le rôle de la fille dès le début en disant « Vous les hommes vous êtes tous les mêmes… bande de mauviettes infidèles », phrase que nous avons tous entendue bon nombre de fois et qui exaspère déjà après 2 fois seulement. Le refrain prend un sens bizarre selon le sens qu’on lui donne : «Rendez-vous au prochain règlement, rendez-vous sûrement aux prochaines règles. » On croirait presque que Stromae était une bimbo prétentieuse dans une vie antérieure tant le texte relève du réalisme !

« Formidable » est le premier single de l’album et le buzz incontournable de ces 2 derniers mois. Rappelez-vous le clip avec cette mise en scène de l’artiste simulant une ivresse proche de Michel Daerden ayant réalisé un score historique aux élections. Je vous renvoie à ma chronique précédente pour l’analyse de cette formidable chanson et du clip en bonus avec une gestuelle et un parler proche d’un certain Jacques Brel au sommet de son art. Je précise au passage que cette chanson lui a été inspiré d’un mendiant bruxellois qu’il croisant régulièrement du côté de la Bourse et qui, voyant passer Stromae au bras de sa copine de l’époque, leur avait lancé « Vous vous croyez beaux ?? »

Dans le genre chanson à double sens, « Moules frites » accroche son nom au palmarès ! En effet car si « Polo aime les moules-frites, sans frites et sans mayo », le chanteur nous rappelle qu’il « aurait dû s’en méfier Polo car on n’sait où elle s’est baignée plus tôt. Comme elle était contaminée, Polo ne chantera plus… » Vous saisissez ? Le talent dans l’écriture, Stromae l’a autant que dans la composition musicale !

Si vous aimez l’opéra, vous pouvez rester. Si vous aimez Bizet, c’est encore mieux !! Mais si vous n’aimez pas l’opéra de Bizet modernisé ben passez ce paragraphe car le talentueux jeune homme s’est lancé la mission de revisiter le légendaire air de « Carmen » mais à la sauce Stromae sur cette chanson intitulée « Carmen » (ben oui il faut tout de même rendre à César ce qui lui appartient) ce qui nous donne « L’amour est comme l’oiseau de Twitter, on est bleu de lui seulement pour 48h… » Avec une telle verve et un tel sens de l’humour, seul ce grand garçon (au propre comme au figuré) pouvait nous sortir des paroles d’une telle qualité à en faire pâlir paroliers actuels !

« Humain à l’eau » est peut-être le morceau le plus compliqué à saisir même si le message semble assez clair ; la planète se meurt, tout fout le camp et on finira par tous se noyer mais il faudrait réagir !! « Non mais allô quoi !!! » disait une grande philosophe il y a peu.

« Quand c’est ? » est sans nul doute le morceau le plus sombre de cet album avec un sujet tabou mais omniprésent : le cancer. Comme le dit le principal intéressé dans son refrain : «Cancer, cancer, dis-moi quand c’est ? » Personne ne me venant à l’esprit n’avait encore osé telle chanson mais ne faut-il pas oser parler de tout et de toutes les manières ? Dans une interview, il disait d’une autre manière « La question n’est plus de savoir si l’on aura le cancer, mais plutôt de savoir quand ? » De quoi en faire réfléchir plus d’un…

Nous avons tous déjà eu envie de dire, ou même déjà dit, à quelqu’un « T’as jamais sommeil toi ??? » et encore une fois votre humble serviteur le fait pour vous en chanson avec… «Sommeil ». A croire qu’il en a après quelqu’un avec ces coups de gueule tellement savoureux. « T’as soif, la dalle, le toit mais tu n’as pas sommeil !! » voilà une infime partie de ce texte que l’on pourrait faire écouter à plus d’un tout en économisant notre salive ! En tout cas, nous ne l’avons pas pour écouter les deux derniers titres de cet album, à commencer par « Merci » et comme un mot suffit parfois mieux qu’une phrase, le remerciement se fait instrumentalement et tout le bien que l’on peut penser de ce garçon se confirme car autant ses textes sont d’une beauté et d’un humour exceptionnels, autant à la composition ça relèverait presque du génie.

Pour clôturer ce nouvel opus, Stromae a fait appel à Maître Gims (Sexion d’assaut) etOrelsan, le rappeur français le plus en vogue pour interpréter « Avf ». Un trio pas si surprenant avec une réussite impressionnante. Il a su s’entourer des personnes adéquates pour se mélanger à sa musique en leur laissant l’interprétation que leur sied le mieux. « Je dis pas c’que j’pense mais je pense c’que j’dis », voilà un refrain qui ressortira pas mal de fois même en tant que simple citation.

C’est donc ici que se referme « Racine carrée », second album du maître Stromae et qui ne sera certainement pas le dernier ! Une plume à en faire rougir le plus grands, un cynisme maîtrisé à la perfection, l’art de la composition est magique. Beaucoup le comparent à Brel et même si je trouve la comparaison un tantinet exagérée, il a tout pour en arriver à sa hauteur et à devenir la future légende de la musique belge. Trop élogieux ? A suivre…

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