Interview: Cédric Gervy, le chanteur caricaturiste

Ce 21 mars, le groupe Puggy n’était pas le seul à monter sur la scène du Wex de Marche-en-Famenne puisqu’en première partie, on retrouvait le chanteur Cédric Gervy, en pleine promotion pour son album « J’aimerais trop« , l’occasion d’aller à sa rencontre pour évoquer son actualité, ses projets ou tout simplement sa vie d’artiste et de prof.

L’album est sorti il n’y a pas longtemps, comment se passe la promotion ?

Un peu comme depuis toujours, c’est-à-dire au coup par coup ! Il y a toujours des chouettes coups de projo de la part des blogs ou des articles. Ensuite il y a des réactions des gens qui connaissaient avant qui me disent comment ils trouvent la nouvelle évolution de tout ça. Du coup, je suis impatient de faire les prochains concerts où les gens connaîtront peut-être les nouveaux morceaux parce que quand tu chantes des nouvelles chansons, ce n’est pas toujours évident d’avoir un espèce de réaction puisqu’au départ t’écoutes principalement donc vivement que le CD se soit un peu écoulé et que quand j’annonce un nouveau titre ils connaîtront. Cet album est un peu moins immédiat que les autres donc il faudra aussi que ça plaise aux gens qui préféraient ce côté un peu rigolo que je faisais et en concert ça s’équilibre vraiment bien avec les chansons plus anciennes un peu « déconnantes ». J’essaye d’intercaler une chanson un peu plus sérieuse et une autre un peu plus rigolote. C’est un chouette exercice !

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Tes textes sont justement plus personnels sur cet album, comment t’es venue cette idée ?

Il y a d’abord le fait que tu ne sais pas faire des sujets de société tout le temps donc j’ai parlé de certains thèmes qui m’avaient fait rigolé comme Walibi ou le tunning mais je ne voulais pas rentrer dans cet automatisme en m’attaquant aux végétariens, aux bodybuilders et ainsi de suite parce que ça aurait été un exercice gratuit puis je me suis dit qu’il y avait le cap des 40 ans, ma carrière de prof… Il y a donc moyen de dire pas mal de choses et le fait d’observer la société puis d’épingler sans essayer de donner des leçons et moi j’ai toujours cette angoisse de retomber dans ce que j’ai déjà fait donc j’essaye un peu d’élargir le truc et c’est pour ça que j’ai choisi de parler très personnellement du fait « plus la télé pourquoi, comment, quand ? », un peu la vision futuriste des choses en se demandant comment ça serait dans 50 ans, qu’est-ce qui aurait changé. J’aime bien cette idée-là mais il ne faut pas que je reste là-dedans. Mais « Retour vers le futur » en se demandant comment c’était avant et comment ce sera après, j’aime bien ce point de vue. Ce n’est pas de la déprime mais juste le monde tel qu’il est aujourd’hui vu qu’on sait tout, tout de suite, tout le temps. On se rend compte qu’il y a beaucoup de choses qui ne vont pas très bien partout alors qu’avant on devait d’abord balayer devant sa port et puis on avait les nouvelles du monde, maintenant on a ces nouvelles avant de savoir que sa voisine a fait un malaise cardiaque c’est affolant.

Malgré ce côté très personnel, on retrouve toujours d’une manière ou d’une autre un sujet d’actualité. Comment est-ce que tu fais pour mettre tes idées en place aussi rapidement parce qu’au final tout se fait très vite quand tu écris un texte ?

Ça va assez vite pour avoir le canevas de base. Le plus gros du boulot c’est d’essayer de l’actualiser tout le temps pour que justement ça reste comme si ça avait été écrit hier alors que 80% est écrit depuis déjà 3 ou 6 mois. Et puis LA petite phrase qui date d’hier elle a été effectivement écrite hier, je n’ai pas tout réadapté mais du coup ça sonne frais pour les gens et c’est ça l’idée, c’est ça que j’adore faire la veille d’un concert. Ce matin encore je me suis dit « Aaah on pourrait parler de ça ! » du coup j’ai encore le petit copion sous les yeux, j’ai pas eu trop le temps de me la mettre en bouche mais c’est un boulot que j’aime bien et c’est en ça qu’on m’a déjà dit que ça se rapprochait du boulot d’un caricaturiste comme Kroll parce que si tu regardes son bouquin de 2007, il n’y a plus grand-chose qui va te faire spécialement rire parce que ça devient vieux, il y a eu des morts depuis eh bien moi c’est pareil ; quelqu’un m’a demandé hier de lui envoyer le texte de « Poisson d’avril » qui est une chanson dont je change tout le temps les paroles et je lui ai dit « si je vous envoie les paroles de l’époque, tout le monde est mort dans la chanson donc je vous envoie le texte à vous de la chanter sur la mélodie que vous connaissez avec le nouveau texte si vous le voulez. », je ne peux pas tout enregistrer à la manière de Pearl Jam qui sort des bootleg un peu partout dans le monde (ce qui serait rigolo parce qu’on verrait la différence entre chaque concert).

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Il y a quelques jours tu as publié un texte intitulé « J’irais bien ». Un nouvel album déjà en cours ?

Non c’est plutôt une envie de recommencer un peu comme un acteur qui aurait fait beaucoup de comédies puis qui se serait engouffré dans le côté plus sérieux des films comme Bernard Campan des Inconnus. Ça doit être jouissif pour lui de faire une bonne grosse comédie! Eh bien moi j’essaye un peu de refaire de temps en temps la dynamique du jeu de mots et quand les gens m’aident en me glissant des petites idées comme « Gilbert Montagné à Limal », ça casse pas trois pattes à un canard mais l’exercice est marrant. Si je trouve un bon canevas, je vais peut-être presque m’en excuser de la faire mais c’est pour me prouver que je sais encore la faire. C’est un peu comme si on se demandait « Est-ce qu’un champion de quelque chose peut encore le faire ? » par exemple est-ce que Noah peut encore battre quelqu’un de son âge ? Je suppose que oui mais lorsque tu t’éloignes de ce que tu faisais avant, est-ce que tu sais aussi revenir aux sources ?

Ce soir tu fais la première partie de Puggy, comment est-ce que tu appréhendes ça ? Est-ce que c’est une préparation différente d’un simple concert, d’un festival… ?

C’est une bonne question ! Evidemment à un concert normal tu peux jouer beaucoup plus longtemps, ce qui permet de faire cette montée dramatique en commençant par telle chanson pour que le public ait le temps de se mettre dedans. Ici je dois sortir de mon équipe fixe de foot, de mon « best of » et c’est délicat parce que je calcule ; je me dis que je suis à 40 minutes alors que je dois en faire 30 alors je ne peux jouer celle-ci. C’est un peu comme si je disais « toi tu ne seras pas sur la photo, je suis désolé » et ce qui est bien c’est qu’ici ce sera à l’intérieur, c’est ce que j’aime un peu moins dans les festivals c’est que tu dois tout faire « eh ça va les gars ??? » alors qu’ici je vais pouvoir essayer de faire des choses un petit peu plus calmes parce que justement c’est à l’intérieur et que le public de Puggy est sans doute un public très ouvert, très pop. Je n’ai pas l’impression qu’il y aura une espèce d’hostilité contrairement au cas où j’ouvrirais pour quelque chose qui n’a rien à voir avec moi et qu’ils attendraient tous le groupe d’après parce que ce n’est pas du tout leur style. Je t’avoue qu’il y a toujours le stress de savoir si le courant va passer un peu comme un prof avec une classe et puis je sais très bien que je commencerai que ce sera déjà fini donc c’est ça le côté un peu frustrant mais c’est la loi du genre.

Tu es prof de langues dans la vraie vie et chanteur sur le côté, comment se passe le rapport avec tes élèves qui doivent très certainement savoir la carrière que tu mènes dans la musique ? Est-ce que ça change la mécanique du cours ?

J’ai d’abord de la chance d’avoir des grands, tu ne peux pas te permettre de faire ça à des élèves de 12 ans. A cet âge-là tu dois être gendarme dans ta classe en vérifiant le journal de classe… alors qu’à 16-17 ils savent ce que c’est, ce n’est pas des potes mais ils font du théâtre, ils savent ce que c’est le trac, ce que c’est d’être stressé et d’être crevé le lendemain. Soit tu n’en parles pas du tout et tu as ta vie sur le côté mais moi j’ai préféré faire l’inverse ; je leur raconte parfois des galères de concerts ou des rencontres dans la langue du cours, ça fait immersion ! Aujourd’hui ils étaient tous là « Allez monsieur ça va aller ! », « On pense à vous ! », c’est super agréable parce que ce n’est pas pour gratter des points mais plutôt par affection et ça c’est vraiment sympa. J’ai beaucoup de chance. Je suis dans une chouette école et j’ai des chouettes élèves avec qui on a une chouette relation. Il y a des points, des échecs, des « râleries » mais globalement ils jouent bien le jeu.

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L’actualité du moment est très chargée avec la Crimée, le Boeing qui a disparu… Est-ce qu’il y a un sujet qui te touche plus qu’un autre et qui pourrait déjà te permettre d’écrire un texte ?

La Crimée et l’avion tu verras je les épingle dans une chanson. Je ferais un chouette texte maintenant sur ces sujets, dans deux semaines on n’en parle plus ! Imagine le gars qui à l’époque a peaufiné un super truc sur DSK et ses coucheries, maintenant il passe pour un has-been. Je me souviens de ça avec Rapsat qui avait fait une chanson sur la Marche Blanche, c’était pertinent mais maintenant avec le recul… Je me rappelle aussi de Gainsbourg qui avait fait un morceau dans lequel il parlait de Bronski Beat, c’est un titre qui, 20 ans après, n’évoque plus rien donc c’est dangereux. C’est pour ça que moi, ce que je fais, je saupoudre un peu dans la chanson « coquille vide » de ce que je veux en me disant « Voilà il y aura un truc sur Poutine, un autre sur la Crimée et en mai il y aura un truc sur les élections. » C’est du boulot mais c’est très amusant d’adapter à chaque fois, d’enlever telle ou telle phrase et de mettre quelque chose d’autre à la place. Je vais donc épingler la Crimée mais sans en faire tout un couplet parce qu’on est dans une génération tellement zapping que faire tout un texte sur le même sujet, les gens vont en avoir marre après le deuxième couplet.

On est en mars et la saison des festivals approche à grand pas, on sait que tu adores ça notamment le LaSemo, les Francofolies, tu as déjà des dates à annoncer ?

Je ne peux pas encore, mais tu as toujours cette angoisse du moment où tu es déjà allé une ou deux fois dans un festival et puis la roue tourne et on te dit « Non, pas cette année » et s’ils disent tous ça, il va falloir chercher. J’aimerais bien m’exporter notamment en France, dans des choses abordables et ne pas tout de suite aller au Canada. Ça reste mon deuxième boulot, les vacances sont aussi des vacances de simple repos scolaire donc s’il y a moins de festivals on fera autre chose. Et puis tout est bon ; peut-être que ce soir je vais rencontrer quelqu’un qui va me faire jouer ailleurs. Avec l’expérience que j’ai, c’est beaucoup plus le bouche à oreille qui m’a fait avancer plutôt qu’une grosse structure au-dessus de moi et c’est génial d’entendre des gens dire « Ah oui je vous ai vu avant Puggy l’autre jour c’était trop bien, si vous voulez on organise un festival au mois de septembre ! » C’est vraiment super. C’est ce qu’on se disait encore en venant tout à l’heure, c’est un public que je ne connais pas spécialement bien et tant mieux s’il y a des gens qui seront conquis.

Tu as un festival coup de cœur où tu as toujours la même envie d’aller ?

Spa, c’est un peu nos vacances. D’ailleurs beaucoup de gens croient qu’on est Spadois parce qu’on est beaucoup mieux accueillis là que quand on joue à 2km de chez nous, c’est affolant. Je dis toujours, je me balade dans Verviers on me salue, artistiquement je veux dire, alors que je vais chercher un pain. C’est très « moi je » mais pour l’ego c’est gai de se faire reconnaître surtout à mon niveau. C’est agréable parce que ce n’est pas encore dérangeant à la Bruel, moi c’est juste que du bonheur. Je n’ai encore rien de confirmé avec les Francos mais ça fait partie des petits bonus de chaque année et pour les autres ainsi que le LaSemo on verra bien !

Grand moment d’émotion pour toi au LaSemo l’année dernière justement !

C’était incroyable. C’est un festival qui a ce petit côté « bobo bio » qui peut faire ricaner les gens mais il faut y mettre les pieds pour se rendre compte à quel point c’est chouette ! Tu te balades pieds nus et t’as pas de morceaux de verres, de saletés… C’est un boulot de fou ! J’ai vu les jobistes qui ramassaient le matin, ils étaient 40, chapeau ! Ok c’est moins rock’n roll que Dour, je ne refuserais pas d’y jouer c’est sûr, mais à choisir c’est une philosophie beaucoup plus saine sans être végétalien ni rien, ils guindaillent, ils rigolent, il y a juste ce petit truc derrière qui est une valeur ajoutée, bravo ! Et ce qui est bien c’est que ça fait des petits ; on m’a parlé aussi du Cabaret Vert qui est un peu dans la même mouvance, le Jyva’zik… Les gobelets recyclables oui c’est cher, tu payes la caution mais tu n’en n’as pas un à terre, quelle révolution. Nous on a connu Dour où c’était des coquilles d’œufs les verres, c’était horrible. Je ne veux pas faire le vieux con mais c’est tellement plus cool surtout si tu peux y aller en famille parce qu’il y a des groupes plus familiaux et tu n’as pas peur que ton gamin ne se ramasse un monocoque quand il va se balader. Mais il y en a plein ! Je ne joue qu’en Belgique francophone, je sais qu’il y a quinze fois mieux et quinze fois plus en Flandre mais en Wallonie ça pullule, il y en a plein dont on ne parle pas assez qui sont parfois en même temps. C’est génial d’avoir cette dynamique-là. Je suis en train de découvrir Liège pour le moment, il y a des cabarets concerts un peu partout ! Il y a une radio qui n’est créée que pour ça et chaque semaine elle annonce des dizaines de dates dans des dizaines d’endroits différents. Nous on est du côté du Brabant Wallon qui est sans doute la région où il y a le moins donc justement quand tu vas du côté de Liège, Verviers, Namur ça pullule beaucoup plus. C’est gai de découvrir tout ça quand on est des touristes. A mon niveau je ne pourrais pas vivre de festivals donc il faut des petits endroits comme ça et c’est souvent dans ces endroits qu’on fait les meilleures rencontres, on arrive à tester des choses aussi qui seront peut-être mieux mises en valeur avec une plus grande infrastructure derrière

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