Interview: Les Fatals Picards

Vous avez rapidement enchaîné avec la tournée « Septième ciel » après celle de « Coming out », est-ce que l’envie de la scène était plus forte que tout ?

Paul : On ne s’est presque pas arrêtés ! Pour être honnête, c’est la scène qui nous fait bouffer puisqu’on vend beaucoup moins de disques qu’Indochine et que 50 cent. En plus, on fait de la musique pour faire marrer les gens donc les faire marrer sur disque c’est bien mais les avoir en face de toi et les voir rire c’est un peu le but de notre métier. Les Fatals Picards, c’est un groupe qui a toujours existé par la scène donc il n’y a aucun moyen que ça change parce qu’on adore ça.

Justement, vos concerts sont toujours des boules d’énergie. Est-ce que c’est parce que vous faites des chansons « humoristiques » que vous procédez ainsi ou est-ce que ça vient ainsi ?

Laurent : Ça n’a jamais été réfléchi l’énergie, c’est venu ainsi.

Paul : Inconsciemment ou consciemment je ne sais pas mais on essaye de faire un concert comme on aimerait voir. Moi j’aime les concerts où le mec il ne fait pas le même spectacle tous les jours, où il peut partir en vrille à un moment donné, où on voit que les mecs sur scène sont potes et qu’ils ont envie de sauter partout. Ce sont les choses qu’on veut arriver à faire donc on ne se force pas ! On ne fait pas partie de ce genre de groupes qui joueraient assis. On est vraiment à mi-chemin entre le rock et l’humour alors on fait des trucs marrants mais c’est diffusé sur un rythme rock, même les chansons sur scène, la plupart sont jouées sur un rythme plus speed. C’est donc dans un souci de spectacle énergique parce que les trucs un peu mous ça fait chier tout le monde.

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Sur vos deux derniers albums, vous abordez plus des sujets de société. Est-ce que c’est une façon pour vous de faire passer un message ou est-ce que vous voulez simplement poser vos propres mots sur ce qui vous entoure ?

Paul : Je crois que c’est plutôt la deuxième option.

Laurent : Les deux sont indissociables.

Paul : En fait, même si on fait passer un message, on ne donne pas de leçon. On parle de trucs qui nous touchent ou dont on a entendu parler que ce soit la politique ou autre mais il n’y a pas de souci au départ de faire passer un quelconque message

Laurent : Il ne faut juste pas dire qu’on est des francs-maçons.

Paul : On n’est pas des francs-maçons on est des francs-plombiers. On est que quatre, c’est un mouvement très underground, on est obligés de te tuer après l’interview parce que t’es pas censé être au courant !

Laurent : Pour faire rire les gens, il faut déjà choisir un sujet. On ne peut pas prendre un sujet neutre donc on ne peut pas parler de la techno parce qu’on ne chante pas en anglais, on ne peut pas parler que d’amour parce qu’on en aurait vite fait le tour.

Paul : On ne peut pas parler de son voisin parce que personne ne le connaît. Il faut trouver des sujets un peu généraux.

Il n’y a pas des sujets que vous n’oserez jamais aborder ?

Laurent : Toi, on sait trop de choses à ton sujet !

Paul : Non, si on arrive à trouver le moyen pour le rendre marrant ça va et si ce n’est pas le cas on ne le fera pas. On a fait une chanson sur la pédophilie qui n’est pas prout prout comique mais qu’on a réussi à biaiser pour en parler sans rentrer dans le pathos. Si on a un sujet qui vire à la Sinsemilia où on dit « la drogue c’est mal » ou « tuer des enfants c’est mal », on ne le fera pas alors que si on arrive à le biaiser on le fera donc il n’y a pas de sujet tabou. Après, il y a des sujets dont moi je n’ai pas envie de parler comme le Front National, je les déteste et on en parle trop. Il faut des sujets dont ‘as envie de parler et que tu sais alimenter.

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Vous avez sorti un CD live et un DVD live pour lequel vous avez fait appel aux fans pour le financement. D’où est venue cette idée de mettre les fans en collaboration ?

Paul : L’idée est venue tout simplement du fait que nous, les Fatals Picards, sommes en flux tendu c’est-à-dire qu’on n’a pas une trésorerie gigantesque. C’est avec les bénéfices de la tournée et des disques précédents qu’on arrive à alimenter le reste. Là, on n’était pas sur un concept d’album mais plutôt sur un DVD et c’était risqué parce que ça ne se vend plus tant que ça ! C’était un bon test pour nous car si on ne réussissait pas le crowdfunding ça voulait dire que ça n’intéressait personne. Le fait que les gens se manifestent et qu’on ait de l’argent pour le faire, c’est que ça intéressait. Ça nous a permis de faire une sorte de carte mouvante de ce qu’on faisait. On a gagné pas mal de thunes et on a fait un beau DVD financé par les fans.

Laurent : En même temps c’est très cohérent parce qu’on a toujours été liés à notre public et la meilleure manière de faire valider ça économiquement, c’était de le faire participer. Pour un album, c’est plus casse-gueule ! Ici, on savait plus ou moins ce que ça allait donner avec la scène, on ne vole pas les gens.

Paul : Ils savaient pourquoi ils donnaient de l’argent. Pour un album, on va faire pareil parce qu’on n’a pas d’argent tout simplement. Si tu mets un paquet de thunes en prenant des dettes et que ton truc se casse la gueule, ça pourrait signifier la fin du groupe. Perdre de l’argent sur des disques, ce n’est pas envisageable.

Laurent : La fin du groupe, c’est comme la fin de Star Wars, ça ne peut pas arriver.

Vous parlez des personnes qui n’achètent plus de DVD ce qui rejoint l’idée du téléchargement. Vous avez quel point de vue à ce sujet ?

Paul : Moi je suis pour d’un point de vue du public et je suis contre par rapport au fait qu’on me pique mes disques. Notre ligne de conduite dit qu’on est plutôt pour. Dans notre cas de figure, on est quand-même un groupe avec un public plutôt jeune qui donc n’a pas beaucoup d’argent donc je t’avoue que le téléchargement nous fait mal. Si tu transposes tout ça aux années 80, c’est sûr qu’on vendrait beaucoup plus de disques. Le monde change et il ne faut pas rester comme des vieux cons à dire « C’était mieux avant ! », le téléchargement existe et on ne pourra pas l’arrêter. Il reste aussi les concerts et je trouve ça mieux d’aller gagner ta thune en allant la transpirer plutôt qu’en restant chez soi à attendre que ça tombe. Même si j’aimerais bien vendre un million de disques !

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Je ne pense pas que les Fatals Picards dans un Stade de France, par exemple, ça soit la même chose…

Laurent : Non, tu n’aurais pas un même niveau de communication. On a fait une fois des Zéniths, c’est mieux en festival quand il y a beaucoup de monde.

Paul : Sous ton propre nom c’est différent. On aurait un spectacle adapté, très rock avec des lights, des décors… ça pourrait le faire ! Après, voir le groupe que tu peux voir dans des petites salles de 1000 personnes c’est pas réglo. Et puis je pense qu’avec notre discours et notre manière de s’adresser aux gens, ce n’est pas le genre d’endroit qui nous convient, on est un peu plus sur la proximité. Quand ça dépasse 3000 personnes évidemment tu ne fais pas le même concert. Ce soir il y aura du monde, ce ne sera pas notre spectacle où on peut discuter ou vanner les gens

Vous avez parlé de Johnny, Bernard Lavilliers, Yannick Noah. Quel est le prochain artiste dans le viseur ?

Paul : On nous demande souvent ça mais ce n’est pas prémédité ! Pour répondre aux attentes, je partais sur une chanson de balance totale dans le style de « J’t’emmerde » de MC Jean Gabin où c’était une liste tout à fait exhaustive, méchante, nulle genre « Calogero tu pues, Machin t’es raciste »… Non mais en fait les gens nous disent souvent qu’on fait ça pour faire du buzz alors que ce n’est pas notre idée du tout.

Laurent : Non pas du tout, par exemple Bernard Lavilliers c’est parti d’une expression de Paul qui disait « Arrête de faire ton Bernard Lavilliers », Yannick Noah c’était parce que c’était le français le plus aimé à l’époque et Johnny parce que c’était évident.

Paul : Oui, Johnny c’est venu de la question de savoir ce qui allait se passer le jour de sa mort, il n’y avait aucune méchanceté ! Ça n’avait même rien à voir avec le ton un peu moqueur de « Bernard Lavilliers » alors que lui l’a bien pris et Johnny non. Pour Bernard, la personne qui lui a fait écouter l’a peut-être mis en condition parce que le mec qui bossait avec lui nous a dit « Je vais lui faire écouter » car il avait bien compris le degré. Après si tu fais écouter à Johnny la chanson en disant « Ecoute ce que ces bouffons ont fait sur toi pour se moquer », ça passe moins et on n’a pas eu l’occasion de s’expliquer avec lui alors que si on l’avait eu en face de nous pour lui expliquer paroles à l’appui qu’à aucun moment on ne se moquait de lui il aurait compris alors que Bernard Lavilliers on se fout carrément de sa gueule. On se demandait juste ce qui allait se passer le jour de sa mort donc je pense qu’il ne l’a pas entendue dans de bonnes conditions. En plus, on était chez Warner à l’époque qui ne pouvaient pas nous blairer donc entre Johnny et nous dans la balance, la chanson est passée à la trappe.

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Les Fatals Picards dans l’avenir proche, ça annonce quoi ?

Laurent : On va manger tout à l’heure.

Paul : Oui et demain on part loin d’ici en France à 800km.

Laurent : Sérieusement on va réenclencher toute la dynamique, on va se remettre tous ensemble car on était divorcés puis on va bosser pour le prochain album et on fera de concerts.

Paul : On a pas mal de dates qui sont calées et on va profiter de la fin d’année pour finaliser le prochain disque puis peut-être justement lancer un projet de financement. On a une réunion de rentrée avec tout le staff de la boîte puis une réunion de rentrée entre nous. Ce sont donc des projets communs à tous les artistes, on espère faire un disque et on espère qu’il va recevoir un meilleur accueil que celui d’avant et un moins bon que celui d’après. Sinon on espère continuer à faire marrer les gens et de la scène.

Laurent : Des fois il y a des gens qui nous demandent « A quand le nouvel album ? » ils sont bien gentils mais des artistes qui sortent des albums tous les deux ans depuis quinze ans, il n’y en a pas des tonnes. Il faut qu’on se renouvelle aussi.

Paul : Non je trouve qu’on n’est pas des bourreaux de travail ni des glandeurs. Quand tu sors un CD, pour le roder il faut bien six mois, un an puis ensuite tu recommences à bosser l’autre.

Laurent : On n’a pas de tube qui passe en radio ou télé donc on n’a pas le phénomène de bourrage de crâne où les gens trouvent ton morceau trop cool même s’il est moyen.

Vous avez déjà été contactés par des grosses émissions télévisées justement ?

Paul : Oui on l’a fait à l’époque où on a participé à l’Eurovision effectivement mais après non parce qu’on est toujours dans le trop ou pas assez, soit c’est trop humour, soit c’est trop rock. Pour des festivals comme Rock en Seine, les mecs n’hésitent pas à dire que le rock c’est du sérieux, ils n’ont pas de dérision alors que sur des trucs humoristiques ou de variété, on est trop rock. On a aussi ce côté un peu moqueur et on est dans un créneau alternatif donc dans les émissions un peu mainstream ça fait un peu flipper je pense.

Laurent : Paul est un trop gros concurrent aux présentateurs télé, Nagui l’avait mal pris que tu sois plus drôle que lui. Je pense qu’en fait ils ont compris qu’on n’était pas dupes du système dans lequel on se trouvait.

Paul : On ne sera jamais dans la lèche et on ne veut pas se faire des potes qui ne seront pas nos potes. Le coup de passer dans telle émission c’est parce que tu connais machin et que tu lui as fait de la lèche et lui aussi. Du coup si t’es invité à tel ou tel endroit c’est toujours les mêmes qui y sont et il y a bien une raison. Après, ce n’est pas nous qui décidons de ne pas y aller, moi je fais de la musique sans faire la pute pour le plus grand nombre, je n’ai pas envie de faire un truc sectaire. Je suis sûr qu’il y a des gens en France qui connaissent notre nom mais qui ne savent pas du tout ce qu’on fait et qui seraient tout à fait susceptibles d’aimer tout ça parce qu’on ne passe nulle part du moins dans les gros médias ou les chaînes de clips… La musique humoristique déjà n’est déjà pas balancée ou bien très peu et quand en plus t’es un groupe quand même politiquement affirmé…

Laurent : Mais voilà, on n’a pas ce côté aigri ! Ça fait quinze ans qu’on joue et qu’on remplit les salles et même si on aimerait la reconnaissance du public et des médias, il vaut mieux ça car depuis qu’on est dans le métier, on a vu pas mal d’artistes passer à la trappe. On va finir par devenir vieux comme les Wampas et on va dire « Ca fait des années qu’ils sont là quand-même, respect ! »

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