TW Classic 2016 : Cinq artistes, un Boss

Hier avait lieu le célèbre festival post Rock Werchter, le TW Classic ! Sur le même site mais avec une seule grande scène qui réunissait des grands noms de la musique pop / rock, une bonne occasion de revenir aux sources.

15h30 : heure d’arrivée. La scène, déjà chauffée par les concerts de CC Smugglers et The Van Jets, se prépare à accueillir son premier classique. Après avoir balancé son titre « Look at You Now », le chanteur et leader des Simply Red, Mick Hucknall, annonce le déroulement de leur show : « On va vous jouer plusieurs de nos plus grands hits, j’espère que vous passerez un bon moment ». Après quelques chansons, il continue en disant : « Pour tous les européens présents ici, nous avons voté pour rester dans l’Union européenne ». Proche du public, on remarquera également la voix toujours bien placée du chanteur. Avec sa british pop des années 80, le groupe amène une ambiance chaleureuse à cette après-midi ensoleillée. Les festivaliers, peu accablés par la chaleur et bien hydratés, semblent déjà ravis et poussent la chansonnette à l’écoute des plus connues « Stars » ou encore « Something Got Me Started » lors du rappel.

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Dans la même veine, c’est à 17h45 que Lionel Richie, présenté comme l’ « Obama de la musique pop » commence son set. Le début du concert paraît légèrement brouillon et l’attitude pressée du chanteur qui enchaîne les morceaux en répétant qu’il « faut y aller » laisse perplexe le public du parc. De plus, il omet plusieurs parties de ses textes afin de les faire chanter par l’assistance mais ses intentions restent confuses et accentuent le côté cafouilleux du concert. Heureusement, le show semble prendre une autre tournure dans la dernière demi-heure. Le slow « Say You, Say Me » suivit de l’enjouée « Dancing on the Ceiling » agrémentée d’un bref passage reprenant « Jump » de Van Halen revitalise le public hésitant. On retiendra également le « We are the World » dédicacé à son grand ami Michael Jackson, introduit comme « la parfaite chanson à chanter aujourd’hui », probablement en faisant allusion au concert de Bruce Springsteen à venir. C’est sur le hit « All Night Long (All Night) » que Lionel Richie termine son set. Une fin de concert plus convaincante, certes, mais qui ne rattrape néanmoins pas l’ensemble, autant la musique que l’allure du géant de la pop, qui pourrait nous faire définitivement croire qu’on ne peut pas être et avoir été.

Vient ensuite l’avant-dernier artiste, Lana Del Rey. La chanteuse américaine entre vers 19h45, sur une scène décorée d’une enseigne signalant son nom et de quelques arbustes, et formule un simple « Salut, comment ça va ? » qui feront partie des rares mots qu’elle prononcera. Dans la foule, on parle d’« erreur de programmation » car « elle n’aurait jamais dû jouer avant le Boss ». En effet, son style de musique « sadcore » relativement calme et plat endort les spectateurs qui commencent déjà à scander le nom de « Bruce ». Ses titres les plus récents d’« Honeymoon » passent inaperçus et même les plus anciennes et populaires « Blue Jeans », « Born to Die » ou « Video Games » ne parviennent pas à capter l’attention du public. Cerise sur le gâteau, la chanteuse prend une guitare et interprète un morceau « composé il y a dix ans ». La prestation est presque bâclée car, cette fois, c’est elle qui peine à se mettre dans le bain à cause de ses très faibles capacités à manier l’instrument et de sa voix instable manquant souvent de souffle. Tournant régulièrement le dos au public pour réaliser quelques déplacements avec ses deux danseuses, Lana Del Rey dégage une conduite prétentieuse et désinvolte. « Vous vous réjouissez de voir Bruce Springsteen ? Moi aussi. » dit-elle, partageant ainsi l’envie des spectateurs de mettre un terme au concert. Les fans et la chanteuse auraient certainement beaucoup plus apprécié une prestation unique dans un autre contexte mais au TW Classic 2016, malheureusement, elle laissera un mauvais souvenir à la majorité des festivaliers.

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Pic by Jokko

C’est l’heure du grand moment, Bruce Springsteen & The E Street Band, connus pour donner de très longs concerts atteignant parfois les quatre heures, s’approprient pour la deuxième fois la scène de Werchter (la première étant pour le même festival en 2013) un peu avant le coup des 22h et donc légèrement en avance. Début de concert surprenant puisqu’ils commencent avec les deux titres « Prove it All Night » et « Darkness on the Edge of Town », rarement joués en introduction par le monument de la musique rock / folk américaine. Á 66 ans, Springsteen démontre à nouveau qu’il ne manque pas de ressources autant vocalement que techniquement car il s’autorise plusieurs solos de guitare sur des morceaux tels que « Cover Me » ou « You Can Look (But You Better Not Touch) ». Contraint de jouer moins longtemps à cause des limites imposées du festival, Springsteen adapte le « River Tour » pour un set aux allures plus de « best of » car on y retrouve tous les plus grands hits comme « The River », interprété d’une façon comparable à la version de l’album avec comme ingrédients supplémentaires des solos d’harmonica variables et quelques chœurs mélodieux en voix de tête chanté par la Boss, mais aussi « Because the Night », avec l’inoubliable et fantastique solo de son guitariste Nils Lofgren, ou « The Rising ». Les célèbres phrases d’accrochent reviennent également car le public aura l’occasion de répondre avec entrain au « Can you feel the spirit? » avant « Spirit in the Night » ou à l’éclatant « Is there anybody alive out there? » du chanteur.

Au niveau du jeu de scène, le Boss est fidèle à lui-même. De fait, il va toujours autant dans la foule afin de serrer la patte de ses plus grands fans, il fait toujours chanter une jeune fille lors de « Waitin’ on a Sunny Day » et invite encore plusieurs personnes sous les projecteurs de la scène pour danser avec les membres du groupe pendant « Dancing in the Dark ». On pourrait occasionnellement lui reprocher ce jeu de scène envahissant parfois ses chansons au détriment de leurs cohérences et des parties vocales de Springsteen. Cependant, un concert du Boss, bien qu’il semble vivre chacun de ses morceaux comme le dernier et que la musique est toujours bien en place et énergique, c’est principalement du show. Après tout, il n’a pas été élu plus grand « showman » de tous les temps par le magazine Rolling Stone pour rien !

Dans les surprises, on se rappellera des requêtes du public que le Boss accepte et choisit avec toujours autant d’enthousiasme comme l’intimiste « Mansion on the Hill » joué seul à la guitare acoustique et à l’harmonica, mais surtout l’émouvant « American Skin (41 Shots) », chanson à texte certainement choisie en hommage aux récentes victimes afro-américaines de bavures policières. De plus, bien que la longue et extraordinaire reprise de « Shout » des Isley Brothers avait certainement mis tout le monde d’accord sur la qualité du concert, Springsteen revient seul pour un dernier rappel poignant et original avec « If I Should Fall Behind ».

En conclusion, plus de 2h30 d’un concert magique et alliant plusieurs des différents albums du répertoire du natif du New Jersey. Avec un E Street Band d’une formation un peu plus basique qu’en 2013 sans choristes additionnels et sans Patti Scialfa, mais avec Soozie Tyrell au violon et un Steven Van Zandt très présent comme seconde voix et deuxième guitariste, Bruce Springsteen montre encore qui est le patron et marque une nouvelle fois le festival du TW Classic. Les fans demeurent épanouis et les curieux garderont sûrement un excellent souvenir. La prestation attendue de la soirée fut sans aucun doute bien au dessus du reste. On aura qu’une seule chose à dire : « Merci, Bruce. ».

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Pic by Jokko

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