Jackson Browne: célébration musicale

Dans la resplendissante capitale andalouse, l’immaculé soleil n’était pas seul à avoir ébahi la foule ce jeudi dernier. La nuit tombée, dans le Centre andalou d’art contemporain de Séville aux alentours de 22h débutait un concert inédit de Jackson Browne accompagné de l’auteur, compositeur et interprète local Raúl Rodríguez et de son groupe : l’une des rares dates européennes, ou plutôt espagnoles, dédiées à une brève tournée intitulée « Song y Son ».

Ici pas de nouvel album ou de greatest hits tour, mais bien quelques soirées retrouvailles pour le songwriter américain qui eut l’occasion de revoir et de reprendre certains titres avec ses amis musiciens espagnols, ce qui fut une opportunité de découverte pour le public. Le cadre idyllique en plein air, où les peintures et citations inspirantes telles que « Is that all there is? » ornée d’une illustration de la carte du monde sur le mur derrière la scène évoquent dores et déjà une atmosphère propice à un concert du genre.

Pic by David
Pic by David – Scène

C’est Raúl Rodríguez qui ouvre le bal avec un solo impressionnant de Tres Flamenco, instrument ressemblant à une guitare à six cordes mais en modèle réduit sur lequel les cordes sont rapprochées deux par deux et accordées différemment, qui fut, en outre, inventé et confectionné par le musicien sévillan lui-même. Lors de cette première partie, le dernier opus en date de Raúl Rodríguez « Razón y Son » était à l’honneur. Livre-album publié en 2014, celui-ci dévoile un travail de recherche musical mais aussi d’anthropologie, champ d’études duquel le chanteur est aussi spécialiste. Guidée par un orchestre talentueux composé de deux percussionnistes, un autre guitariste et un bassiste, la musique de Raúl Rodríguez allie beauté mélodique et lyrique aux accents andalous avec, par exemple, « Llévame a la Mar », et rythme flamenco endiablé dans des titres tels que « Con la Guitarra en Blanco » ou « Si Supiera ». Le public comportant majoritairement des Espagnols enjoués, des fans américains, et probablement deux uniques belges passionnés, est emporté dans l’ambiance, il n’y a plus que la musique.

Et voilà que dans l’ombre de la scène, le monument de la musique folk/rock américaine, Jackson Browne, se délectant paisiblement du spectacle qui lui était offert, se lève soudainement pour attraper une des ses guitares acoustiques et monter sur scène pour jouer et chanter en compagnie du groupe. Après ses traditionnels remerciements, l’humble songwriter entame une version particulière de l’un de ses titres les plus célèbres, « These Days », avec des nuances musicales andalouses, certes, mais aussi parfois plus orientales. Le mélange hispanique / états-unien n’est cependant pas complètement étranger aux connaisseurs car il rappelle clairement l’album live « Love Is Strange » du chanteur qui laisse entendre plusieurs interventions d’artistes espagnols. Ainsi, on reconnaîtra les chansons « The Crow on the Cradle », « For Everyman » ou encore les deux « Tu Tranquilo » et « The Next Voice You Hear » interprétées à la fin du concert avec le chanteur et professeur d’espagnol de BrowneKiko Veneno, comme comparables aux versions de l’album live.

Comme à son habitude, Jackson Browne présente ses morceaux avant de les jouer, certains d’entre eux étant engagés comme « Lives in the Balance », il ne manquera pas de s’essayer à une explication en castillan de ses paroles : « contre la guerre » ou plutôt « contre les politiques finançant et supportant la guerre ». De plus, celle-ci sera également partiellement chantée par Raúl Rodríguez en espagnol, renforçant ainsi un message ciblé vers le public local.

Il faut également souligner que le songwriter semblait être principalement là pour profiter du moment, pour la musique, ce qu’il avait préalablement déclaré au journal La Vanguardia : « Ces concerts sont essentiellement une célébration de la musique ». En effet, refusant les demandes scandées par le public et privilégiant ses compositions plus anciennes telles que « Niño » qui se prêtent parfaitement à la formule orchestrale proposée par Raúl Rodríguez, on remarque que l’expérience est au rendez-vous car le rythme diffère fréquemment dans les versions proposées et les solos de guitare, batterie ou basse s’enchaînent pour révéler des interprétations aventurières et donc uniques des titres de Browne.

En conclusion, on se souviendra d’une soirée riche en émotions dans un lieu surprenant qui a laissé place à la musique, et rien qu’à la musique. Raúl Rodríguez a démontré que l’Europe du Sud déborde d’un génie musical peut-être encore trop méconnu du reste du continent. D’autre part, Jackson Browne est resté fidèle à son art, présentant une musique engagée et d’une pureté incomparable qu’il, malgré cela, parvient toujours à diversifier. Pendant près de deux heures et demie, le public extasié a pu oublier le reste du monde, les tracas et soucis, car non ce n’est pas tout ce qu’il y a, et la musique nous l’a encore une fois prouvé. Gracias maestros.

Pic by David
Pic by DavidRaúl Rodríguez (à gauche), Jackson Browne (au milieu) et Kiko Veneno (à droite)

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