Conf’interview #2 : Louis Jassogne

Louis Jassogne commence à jouer de la batterie à 5 ans et poursuit plus tard l’académie classique et des études d’ingénieur du son. Il commence à agrandir son cercle de contacts en se rendant à des soirées jams et scènes ouvertes où il rencontre petit-à-petit des musiciens avec qui il joue encore aujourd’hui et qui l’amène là où il en est actuellement : batteur du chanteur belge Loïc Nottet. Toujours dans l’optique de vous partager le point de vue des artistes et musiciens sur la crise sanitaire actuelle, nous avons échangé sur son ressenti et sa situation. Voici ce qu’il en est ressorti.

Comment ça va, Louis ?

Louis : C’est un peu compliqué quand même, et moralement et financièrement. Surtout quand on voit tout ce qu’on avait prévu et tout ce qui s’est retrouvé annulé. Récemment les dates au Cirque Royal, on avait quatre concerts donc deux par jour pour respecter les consignes de sécurité, annulées le jour-même alors que tout était déjà prêt, on avait bossé comme des malades depuis un mois… Donc c’est dur moralement car la scène représente ce qui nous motive tous, et financièrement car quand c’est annulé comme ça, nous ne sommes pas payés. Et je n’ai toujours pas reçu d’aides de l’État, j’ai touché zéro euros depuis le mois de mars car je ne suis pas reconnu en tant qu’artiste, et ce n’est pas un statut facile à obtenir.

L’État te refuse toute aide car tu n’as pas le statut d’artiste ?

Louis : Voilà, je n’ai pas le statut d’artiste et je ne suis pas reconnu comme indépendant non plus donc je ne suis pas éligible au droit passerelle [ndlr : en quelques mots, le droit passerelle est une allocation mensuelle de 12 mois maximum octroyée, entre autres, aux indépendants qui ont été involontairement contraints de suspendre ou d’arrêter leurs activités]. Je suis alors freelance donc je suis payé par la Smart ou Emplo… Mais au final, je ne suis un peu « rien » au niveau de la société et du coup, je n’ai pas le droit pour le moment au chômage. Ils ont dit qu’ils allaient un peu assouplir les règles mais j’ai déjà eu trois rendez-vous pour essayer de les avoir et ça n’a encore rien donné. Je leur ai dit sans prétention « si moi je ne suis pas artiste, qui l’est ? ».

On imagine que tu n’accueilles pas bien le deuxième confinement du coup ?

Louis : Petit à petit, je m’y attendais mais c’est clair que ce n’est pas gai, surtout qu’on parle déjà dans le milieu de ne pas faire de festivals en 2021. Ca s’ébruite fortement et je commence à y croire. J’ai chaque fois des petites espérances pour des concerts, comme Forest National qui est déjà complet pour mai prochain, mais j’ai un doute que ça ait lieu. Il n’y a pas de perspective à long terme.

Et le premier confinement, comment l’avais-tu vécu ?

Louis : Ce que je n’arrête pas de dire à tout le monde est que je ne suis pas à plaindre. Je suis quand même privilégié, j’ai un toit pour dormir et à l’époque, j’étais en colocation et on s’était vraiment bien marrés ensemble. Il a fait beau aussi, c’était cool. Mais c’était dur financièrement, j’ai dû vider mon compte épargne alors qu’il n’était pas prévu à cela. Je voyais les jobs s’annuler et mon compte se vider, je me suis demandé jusqu’où ça allait aller.

A quand remonte ton vrai dernier concert ?

Louis : Ce n’était pas vraiment un concert, c’était un show retransmis à la télévision sur RTL-TVI pour la clôture du Télévie en septembre dernier. Il y a eu aussi D6Bels On Stage pour la RTBF donc de nouveau, il n’y avait pas de public car c’était un enregistrement. La dernière fois avec public (assis), c’était à Ostende début août. Ca avait fait vraiment du bien et on voyait que les spectateurs avaient besoin de cela aussi. On a également fait un concert en streaming dans le cadre du Swipe Up Festival et pour moi, c’était une chouette expérience d’une qualité dingue voire la meilleure. C’était aussi retransmis à la télévision.. Mais il n’y a rien à faire : quand la chanson se finit et qu’il y a un silence total, aucune réaction, c’est très bizarre.

Comment t’es-tu occupé pendant le confinement ? As-tu mis en place des choses particulières comme des lives en streaming ou un crowdfunding ?

Louis : J’ai fait quelques concerts streaming et avec un groupe, on a réalisé une cover qu’on a postée sur Facebook. On s’est chacun enregistrés et filmés chez nous. J’ai fait des études d’ingé’ son donc j’ai tout le matos pour faire ça à la maison. Mais pas de crowdfunding ou quoi. Je ne suis pas chaud pour les appels au don en temps difficiles, je peux comprendre mais je trouve cela limite.

Les gens étaient-ils réactifs à vos concerts en ligne ? Vous avez eu des bons retours ?

Louis : Oui franchement ça a bien marché. D’ailleurs le chanteur de ce groupe, Sam Bosman, continue à en faire régulièrement. Tu observes que les gens commencent à s’installer et à communiquer : « ah tiens, est-ce que tu pourrais jouer cette chanson-là ? », à proposer des playlists… Les retours sont super chouettes. On a besoin de ça en ces temps compliqués.

Tu disais justement tout à l’heure qu’il n’y a pas de perspective à long terme, et on voulait justement savoir si la crise t’empêchait de te projeter ? Ou si elle te motive ?

Louis : Je pense que c’est la meilleure question que tu pouvais poser. Personnellement, j’ai vraiment du mal… Le premier confinement, je l’ai vu comme une opportunité de pratiquer ma batterie et de progresser, parce qu’on n’a jamais fini de progresser avec un instrument. Puis quand j’ai vu tous les concerts s’annuler, je me suis dit « A quoi bon être le meilleur chez toi et ne pas pouvoir être sur scène ? ». Je suis assez pessimiste à ce niveau-là, le fait de ne pas savoir quand et comment nous allons pouvoir de nouveau donner des concerts devant une foule énorme ne me motive plus à travailler. J’ai envie d’être positif mais comme je n’ai plus de perspective pour le moment, ce n’est pas facile. Artistiquement, on ne voit pas le bout du tunnel de ces jours.

Pic by Christelle Anceau

On a vu beaucoup de techniciens de l’évènementiel et du culturel changer de job temporairement car leurs secteurs se sont retrouvés à l’arrêt, l’envisagerais-tu aussi si ça ne reprend pas l’année prochaine ?

Louis : J’ai entendu à la radio que Colruyt engage 2 000 personnes et je me suis effectivement demandé si je ne postulerais pas. [Rires] Ça allait niveau job tout récemment parce que par chance, j’ai aussi le travail d’ingénieur du son (mais ce n’est pas vraiment dans l’évènementiel, j’ai laissé cela aux autres parce que je trouvais que je ne le faisais pas très bien), je travaille en télé et en radio et pour le moment, ça va bien. Récemment, je travaillais aussi au Parlement Européen mais de nouveau, ils parlent de fermer alors c’est encore un job qui pourrait s’annuler. J’arrive à m’en sortir mais quand j’ai entendu qu’ils engagent chez Colruyt, je me suis dit « Pourquoi pas ? », 2-3 jours par semaine là-bas et puis voilà. Je ne suis pas contraire à penser à une reconversion mais encore une fois, j’ai l’impression que, et pour le dire bien et poliment, l’État ne nous respecte pas car devoir changer de carrière pour vivre en temps difficile alors que ça fonctionnait très bien avant, cela prouve simplement qu’il doit plus nous aider. On est nombreux à ne pas avoir droit au chômage dans le secteur de la culture. J’avais justement cette discussion avec l’ingé’ son de Loïc Nottet la semaine passée, il disait qu’il était reconnu comme indépendant mais qu’il n’avait reçu qu’une seule fois le droit passerelle, ce qui ne suffit pas. Il disait déjà qu’il l’avait dans l’os pour 2021 et ne va probablement rien recevoir pendant un an. Alors lui aussi se dit qu’il faut trouver autre chose à faire le temps que la crise passe.

Si tu pouvais justement t’adresser directement à nos politiciens, tu leurs dirais quoi ?

Louis : Aïe aïe aïe… [Rires] Que les aides soient égales pour tout le monde ! Si on me respecte en tant qu’artiste et qu’on m’aide financièrement pour le moment, j’arrêterai ou du moins je me plaindrai moins. Bien que j’ai peu de raisons pour le faire parce que je suis en bonne santé, j’ai une maison mais voilà… Que tout le monde soit mis sur le même pied d’égalité pour les aides financières, qu’on soit artiste, fermier ou indépendant dans la toiture.

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