Conf’interview #11 : KO KO MO

KO KO MO, c’est LE duo guitare-batterie français de ces dernières années ! Après leurs deux excellents album Technicolor Life et Lemon Twins, K20 et Warren ont vu leur tournée avortée par le Covid mais ils ne baissent pas les bras pour autant, que du contraire.

Comment allez-vous ? Quel est votre état d’esprit du moment ?

K20 : Je pense un peu comme tout le monde… La crise, on n’y croyait pas au début. Mais à notre dernier concert au mois de mars, on s’est dit que ça commencait un peu à craindre mais que c’était seulement une crise de quelques semaines, ou mois au pire. Puis on a vu que ça continuait, donc on a embrayé sur la préparation du prochain album comme un peu tous les autres artistes, en gros.

Comment vivez-vous le deuxième confinement ?

Warren : Il est plus chiant quand même.

K20 : Il est mieux pour nous car on a trouvé un nouveau rythme de croisière avec une petite maison où on peut répéter tous les jours, se voir, faire de la musique, revivre et pas mourir. Sinon pour le reste, on s’est occupés de nos petites familles. Moi j’ai créé un bébé pendant ce temps-là, Warren en avait déjà un. Donc on s’est occupés à faire autre chose mais il ne fallait pas non plus que notre groupe meurt, et aussi l’équipe de LMP avec laquelle on bosse. Donc le deuxième confinement, c’est bien, ça nous a donné un petit coup de pied au cul. Du moins, il est plus facile aujourd’hui.

Warren : En fait, le deuxième confinement est plus facile parce qu’au premier, on a été pris de court complètement, on n’a pas pu prévoir les choses et on n’avait pas d’organisation. On s’est souvent vantés en interview de ne pas avoir forcément besoin de répéter parce qu’on tournait tellement et comme on est deux, ça rendait les choses plus pratiques. Mais là, on a compris que c’est une force d’avoir un petit endroit pour garder cette bulle, répéter, composer, écrire, s’enregistrer, etc. Donc on a pu s’organiser là-dessus sur le deuxième. On peut enfin se retrouver et bosser ce troisième album comme il faut.

K20 : Voilà comme dit Warren, on s’est vraiment retrouvés pris de court. Notre tournée devait s’arrêter en décembre 2020, puis on avait prévu de repartir en tournée en France et peut-être à l’étranger et de finir l’album pendant 2021, pour avoir une sortie en 2022. Alors tout s’est un peu pété la gueule au niveau du rétroplanning donc effectivement, on n’avait pas du tout anticipé le premier confinement. C’est pour ça qu’on a mieux anticipé le deuxième, on le vit mieux même s’il est plus chiant !

Il paraît plus long !

Warren : Ben oui, en fait je crois que le plus dur est qu’on a eu une petite lueur d’espoir en été, on croyait que c’était reparti parce qu’on a eu 3-4 dates. On s’est dit « ça y est enfin, on revit un peu et on revoit les gens », le public nous manquait beaucoup quand même. Mais non, ça va encore être long et on n’en est pas encore sortis.

K20 : En mars dernier, on a vu que toutes les dates pour l’été étaient mortes et on s’est dit que ça allait repartir en septembre, mais notre tourneuse nous a dit il y a 2-3 semaines que ce ne serait pas avant 2021… Pourtant on a eu de la chance, on a bien bossé avec notre boîte et les programmateurs parce qu’aucune date n’a été annulée, elles ont été reportées à l’année prochaine en fait. Donc c’est un bien pour un mal, et on fait avec.

Même si les festivals sont maintenus, ça va être un sacré bazar. Les têtes d’affiche vont être privilégiées parce qu’elles auront été programmées avant ou parce qu’elles veulent absolument retourner sur scène aussi. Ce sont peut-être des petits groupes comme vous qui vont être plus défavorisés par rapport à cela.

Warren : Pour l’instant, ce n’est pas forcément ça qui se passe car la quasi totalité de nos dates ont été reportées. Peut-être seulement 10-15 % ont été vraiment annulées. Donc au contraire, je pense que les grosses têtes d’affiche, celles qui ramènent le plus de monde, elles ne vont pas revenir de sitôt. C’est ce que je pense mais on est dans une espèce de flou où tous les scénarios sont possibles, on ne sait pas du tout de quelle manière ça peut repartir. En tout cas, l’angoisse ressentie du premier confinement était que le temps passe, qu’il y ait une grosse pause de live donc je me disais que les gens allaient peut-être changer leurs habitudes et qu’aller voir des concerts ne leur manquerait plus finalement. Mais cet été, quand on a repris, on s’est rendu compte que les gens étaient vraiment au rendez-vous. Donc on sait que quand ça va reprendre, les gens seront là et on y croit. Maintenant, on a le temps de pouvoir peaufiner un peu plus les choses car on a toujours composé et créé en plein rush, à chaque fois en même temps que les tournées alors on ne prenait pas trop de recul. Mais là pour une fois, on veut faire les choses bien pour ce troisième album, il n’y aura pas d’excuses si c’est pourri. [Rires]

K20 : C’est vrai qu’en tant qu’artiste à la maison, confiné, tu ne peux rien faire pour aider ou quoi que ce soit. Il y a une espèce de démotivation qui peut se créer pour n’importe quel artiste, j’imagine un artiste solo qui bosse ses morceaux tout seul chez lui, il peut avoir des moments de up comme des moments de down où il ne sait plus trop quoi écrire, où il est perdu. Heureusement, encore une fois, qu’on a une équipe, une famille, une manageuse qui nous ont vachement boostés, on s’est toujours téléphoné un petit peu. Parfois, ça peut casser mais ça remotive !

Pic by Eric Canto

On sait maintenant que vous travaillez sur un troisième album, on sait aussi que vous avez sorti une reprise (Last Night A DJ Saved My Life: ndlr) pendant le confinement. Mis à part cela, et c’est déjà pas mal, vous êtes-vous occupés à autre chose ? Des live en streaming, des chats avec votre communauté ?

Warren : Durant le premier confinement, on voyait beaucoup de gens dès le début faire des streamings mais on ne se voyait pas vraiment faire ça car ça ne représente pas vraiment ce qu’on fait en live, ni notre énergie et notre interaction avec les gens qui font notre force selon moi. Il y a eu une captation qu’on avait faite en décembre dernier et qu’on a sortie en YouTube Premiere donc les gens ont pu regarder en direct et réagir. On avait mis les moyens, il y avait huit caméras, on voyait des gens qui faisaient des pogos, ça envoyait un peu plus de paillettes qu’un live streaming sur Facebook.

K20 : Ouais ça, c’était pendant le vrai premier confinement.

Warren : Ensuite, il y a cette cover qu’on avait tournée en février puis le premier confinement est tombé, et comme on avait tourné le clip dans un hôpital un peu destroyed, on s’est dit qu’il n’y avait peut-être pas un message super cool à passer et qu’on allait attendre un peu avant de la sortir. Ca tombait bien parce qu’on attendait les droits d’EMI Music. Et donc on l’a sortie juste avant le deuxième confinement, on a senti que c’était le bon moment comme ça commençait à faire long pour la culture.

K20 : Nous avons des bons retours et nous sommes très contents.

On est aussi contents pour vous ! On se demandait : pourquoi cette chanson ?

Warren : A la base, c’est parti d’une blague dans le camion il y a longtemps, au moins deux ans. On l’avait fait écouter à Yohan notre ingé’ son et qui nous a dit qu’on devait absolument la sortir, que ça allait tout déchirer. Le temps a passé, on a cherché les moyens de le faire, on s’est dit qu’on devait faire un clip aussi, puis on a regardé pour le bon timing pour la sortir et en fait, c’était pas mal avant le troisième album.

K20 : Mine de rien, quand tu prends le recul, le fait qu’on l’a tourné en février sans savoir que toute la crise allait arriver, je trouve que ça lui donne une histoire en plus alors qu’on ne l’a pas voulu. C’est dingue, par rapport au morceau, aux paroles, etc.

Ca faisait justement partie de nos questions, le décor de l’hôpital désert est alors une coïncidence ?

Warren : Oui tout à fait. Il y avait quand même une autre crise avec les hôpitaux qui durait depuis un moment, la situation avant la crise COVID suffisait à elle-même pour qu’on choisisse un lieu comme un hôpital destroyed pour le clip. Mais oui, il y a vraiment une part de coïncidence. A la base, on voulait choisir ce morceau-là pour refaire une cover un peu en réponse à notre première reprise, Personal Jesus. On s’est dit qu’on allait prendre un morceau qui n’avait rien à voir avec l’univers rock, un truc bien disco, que les gens ont un peu oublié et le refaire à notre sauce. Voilà c’était ça l’idée de base, ça n’allait pas plus loin.

A quand remonte votre dernier concert ?

K20 : Alors le vrai de vrai… c’était le 11 mars 2020. Et pendant l’été, on a fait un festival à Quimperlé à la mi-juillet et qui avait failli être annulée. Première date sans public devant, avec un gradin de 300 personnes masquées, on a fait le concert comme il fallait, on s’est bien marrés même si c’était particulier. Puis on a fait le Poupet Festival et le VIP à Saint-Nazaire aussi, de nouveau 350 personnes assises, masquées, en pleine journée. Mais c’était quand même cool !

Vous en avez quand même des bons souvenirs ?

Warren : Oh oui !

K20 : Ah ben oui ! Tu te rends compte ? Ca fait seulement trois dates sur un an.

Warren : Ca fait drôle quand pendant cinq ans, tu n’as pas un seul mois sans date. Du moins, ça ne nous était jamais arrivé depuis qu’on joue ensemble. Donc tu imagines, un an… On ne s’y attendait pas.

K20 : Depuis 5-6 ans, on avait 2-3 dates par semaine… Deux semaines sans concert, c’était déjà trop long pour nous. On attend la fin avec impatience.

D’ailleurs K20, tu envisages toujours les longues tournées maintenant que tu es papa ?

K20 : Warren était papa avant moi et c’est vrai qu’avec le recul, je ne sais pas comment il a fait pour tenir pendant les tournées. Maintenant, je ne me verrais plus partir pendant 6 jours d’affilé tout de suite, j’aimerais trop refaire de la musique mais ça me ferait très bizarre de quitter ma petite famille. C’est dur mais j’ai tellement envie de remonter sur scène, de rejouer avec Warren… mais la vie va reprendre à un moment donné et on va s’adapter.

C’est sûr que depuis le début de la crise, tout n’est qu’adaptation ! Justement, la crise vous empêche-t-elle de vous projeter à long terme ? Avez-vous des objectifs pour 2021 ?

K20 : Comme on disait tout à l’heure, toutes nos dates ont été décalées et on prend aussi le temps de faire le nouvel album. Puis avec notre équipe, on fait comme si on allait reprendre, on ne se dit pas quel jour ou quelle année… on avance, on a tellement de choses à faire ! Par contre, pour parler professionnel, c’est vrai qu’il n’y a pas de rentrées d’argent vu qu’on ne fait pas de concerts alors ça reste particulier.

Warren : On n’a pas le temps d’écouter les gens qui disent que cette vie-là ne reviendra jamais, ce n’est pas possible pour nous d’entendre cela. Si on commence à les croire, on ne fait plus rien… Le premier objectif est de rependre la tournée qui a été coupée par la crise, le deuxième est l’album. On se met des fausses deadlines.

K20 : On espère quand même finir la tournée avant parce que s’il n’y a pas de dates en 2021, on repart direct sur le nouvel album en 2022.

Et pour la prochaine tournée, on peut espérer un petit saut en Belgique ?

K20 : Eh bien, ce n’est pas dans les papiers mais c’est dans nos idées ! Quand on annonce une tournée en France, on voit souvent dans les commentaires « quand est-ce que vous venez en Belgique ? ».

Warren : Oh ça va se faire vite, moi j’y crois.

Vous aviez mentionné précédemment votre statut d’artiste, appelé en France le statut d’intermittent. Y a-t-il des choses que vous voudriez voir changer à ce niveau-là ?

K20 : Je trouve qu’on est déjà très privilégiés d’avoir un statut d’intermittent. Je parle pour tous les artistes, on a beau critiquer la France et on ne va pas parler de tout le reste des papiers, mais on a la chance d’avoir ce statut. En plus, on a la chance avec Warren d’avoir le statut avec un seul groupe. Ce n’est pas comme des potes qui jouent avec cinq ou six groupes, et qui ont besoin d’autant pour obtenir le statut s’ils veulent l’avoir. Des groupes émergents qui font 50 dates à l’année et qui peuvent donc bénéficier du statut d’intermittent comme nous, il n’y en a pas beaucoup. C’est aussi un statut que tu peux perdre si tu ne prestes pas le quota d’heures annuel imposé. Donc espérons pour tous les copains qu’ils le récupèrent s’ils le perdent pour le 31 août 2021, espérons qu’il n’y en ait pas qui doivent retourner à l’usine alors qu’ils sont talentueux mais qu’ils n’ont pas assez de cachets. C’est un peu ça qui me ferait chier dans ce monde… Même nous, on travaille depuis sept ans avec LMP Musique, une petite boîte basée à Saint-Nazaire, qui est vraiment une petite structure mais il n’empêche qu’elle tient encore le coup. On a aussi peur pour des petits festivals qu’on a adorés durant les 4-5 ans de dates qu’on a faits, des petits festivals qui ne paient pas de mine mais qui se saignaient et dépensaient jusqu’au dernier centime pour monter leur truc. Imagine qu’ils vont tous mourir, c’est ça qui me fait le plus peur. Le statut pour les copains, la vie d’après en tant qu’artiste… c’est sûr que ça va faire un peu de nettoyage.

Warren : C’est ça. Ce n’est pas vraiment au niveau du statut qu’il y aurait des choses à changer mais plus la revalorisation de la culture dans des moments de crise pareils. Il faudrait un peu s’inspirer de ce qui avait été fait aux Etats-Unis au début du siècle dernier où ils avaient mis un pognon monstrueux dans la culture juste après la seconde Guerre mondiale pour redonner du peps à l’identité nationale.

Si vous aviez la possibilité de vous adresser à vos politiciens, vous leur diriez quoi ?

K20 : Wow… Ne bouge pas… Il y a tellement de choses à dire, en tout cas on va parler pour tous les artistes. Qu’un Leclerc ou un Monoprix est aussi important qu’un coiffeur ou une FNAC… Tu vois ce que je veux dire ? Tu as compris mon image ? Perso, j’ai trouvé ça un peu incohérent pour l’artistique et pour plein de choses.

Warren : Disons qu’on n’avait pas besoin de cela en plus. C’est clair qu’on n’aimerait pas être à leur place pour prendre des décisions, ça doit être chaud quand même, mais quand on voit les incohérences que ça crée dans les rayons, ce qui est essentiel, ce qui ne l’est pas. Ça touche à quelque chose de perso, on ne peut pas décider pour tout le monde d’un truc aussi énorme.

K20 : Il n’y a pas de souci pour se confiner et mettre un masque. Mais voilà, tu mets un masque dans un magasin culturel et tu mets un masque dans un magasin de bouffe, c’est juste ça. Il y a des incohérences pour le deuxième confinement qui mettent un coup de massue. L’air de rien, sans dramatiser, il y a quand même plus de suicides. Mais comme dit Warren, on n’a pas à leur jeter la pierre, on ne pourrait pas faire mieux ou ne pas faire moins bien. On aimerait bien que ça revienne à zéro, même s’il y a un avant et un après. Mais c’est une bonne question, ça nous permettra peut-être d’y répondre un peu plus sérieusement la prochaine fois ! [Rires]

Pic by Jean-Marie Jagu

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