Interview : ANNISOKAY

Initialement prévue pour le 4 décembre, la sortie de Aurora, le cinquième album du groupe allemand ANNISOKAY est finalement repoussée au 29 janvier 2021. De notre côté, on a eu la chance de l’écouter en preview et, surtout, d’en discuter avec Christoph et Nico, respectivement guitariste/vocaliste clair et batteur. Une rencontre enrichissante sur fond de crise sanitaire.

Comment vous sentez-vous, aujourd’hui, en tant qu’artistes, à la fin d’une année chaotique comme celle-ci ?

Christoph Wieczorek : (sourires) Eh bien, en fait, hier (jeudi ; ndlr) on pensait qu’on avait attrapé le corona. Rudi, notre screamer l’a attrapé et nous avons dû passer un test… Heureusement nous ne l’avons pas ! Mais une chose est sûre, le corona existe et on doit faire avec. Il faut qu’on en tire le meilleur parce que nous n’avons pas le choix. En mars, quand le lockdown a commencé, on a pris notre temps et on a terminé l’écriture de toutes nos chansons. D’une certaine manière, ça nous a permis d’être prêts, sinon on n’aurait pas eu beaucoup de temps pour le faire. Ça c’est le bon côté des choses, mais évidemment, nous, on voulait tourner. On devait aller en Russie, puis faire certains festivals, et tourner à l’automne et en décembre… On prévoit de reprogrammer ça dès avril mais on n’est toujours pas sûr que cela puisse se faire. C’est vraiment démotivant et frustrant, en fait.

Comme tu le disais, la situation ne vous a pas empêchés d’écrire un album. Comment ça s’est passé ? Est-ce-que vous avez eu l’occasion de vous voir ?

Christoph : Dans un premier temps, la partie écriture est essentiellement ma partie, et je peux donc travailler tout seul de toute façon. Après, je les envoie aux autres et ils me disent ce qu’ils en pensent, ils me donnent leurs idées. Quand la démo est prête, c’est là qu’on doit travailler ensemble. La première fois, au début du lockdown, on s’est rencontré sans vraiment se voir. Rudi est venu dans le studio, je le voyais à travers la vitre. Nico était dans une autre petite pièce, assis tout seul avec sa batterie (sourires). En gros, on se voyait à distance. Et parfois en Zoom, comme on le fait maintenant.

Malheureusement il n’est pas là, mais pour Rudi c’était également la première fois qu’il travaillait avec vous. Comment s’est déroulée cette première expérience ? Sans doute pas comme vous l’imaginiez…

Christoph : On a discuté avec lui de l’opportunité de rejoindre le groupe l’été dernier, en 2019. C’était au départ totalement théorique. Puis quand Dave (Grunewald ; ndlr) a quitté le groupe, on lui a redemandé et il a dit oui. Quatre semaines plus tard on jouait notre premier show avec lui (rires). On n’a pas eu beaucoup de temps pour préparer ça. Mais ça a été génial, tout a été super cool dès le départ. En ce qui concerne le travail en studio, en fait, je le connais depuis un moment déjà. Il avait un groupe dans le passé que j’ai enregistré. Ce n’était pas vraiment nouveau pour nous finalement. On n’a pas vraiment pris de risques avec lui de ce point de vue-là. La seule question c’était : comment il est sur scène, comment il parle avec les gens ? Mais finalement, tout s’est très bien passé.

Dans votre futur album Aurora, comme vous l’aviez déjà fait dans vos précédents opus, vous semblez donner de l’importance à des sujets plutôt politiques. Je pense notamment à STFU ou Bonfire of The Millenials quand tu chantes « And your generation dines, but the next one pays the bill » (Et ta génération dîne, mais c’est la suivante qui paie l’addition).

Christoph : Je ne dirais pas que c’est politique. En fait, je ne pense pas que nous soyons un groupe politique. C’est plutôt une forme de critique, je pense. Une critique de l’humanité et des humains en général qui ne font pas attention à beaucoup de choses et prennent de mauvaises décisions. Par exemple, avec STFU, c’est un sujet que j’avais en tête depuis longtemps, qui m’a beaucoup ennuyé : ces personnes qui publient des choses fausses sur internet et prétendent que c’est vrai. Ça crée de la haine et une ambiance vraiment mauvaise. Par exemple, il y a eu une attaque terroriste d’extrême-droite dans ma ville natale, où nous sommes actuellement (Halle-sur-Saalle ; ndlr). Un gars a tué deux personnes, à quelques pas de ma rue. Et là les gens ont commencé à dire des trucs du genre « c’étaient des acteurs, c’était du show, ça ne se passe pas réellement. C’était un mec de gauche qui faisait semblant d’être de droite ». En gros, des propos vraiment fous qui n’ont aucun sens, et je voulais vraiment faire une chanson à ce sujet, et dire aux gens de « Shut the fuck up » au lieu de dire des conneries. J’ai écrit cette chanson, puis le corona est arrivé, et cette chanson est finalement devenue encore plus importante à ce moment-là avec tous ces gens qui pensent que le corona n’existe pas, ce genre de choses. C’était une belle coïncidence, en fait. Voilà, en gros, ce n’est pas vraiment politique, on veut surtout lever le doigt et dire : pensez à ce que vous faites.

Dans le genre, il y a pas mal de groupes qui se tournent également vers la politique ou la critique sociétale, comme Architects ou Bury Tomorrow par exemple. Est-ce que vous trouvez ça important ?

Christoph : Quand on a créé notre groupe, on écrivait des chansons sur nos émotions, nos relations, ces choses qu’on avait en tête à ce moment-là. On parlait de drogues, de la perte de quelqu’un qu’on aime, être seuls… Maintenant on a grandi. On voit davantage les problèmes qui nous entourent, et on a eu envie d’écrire à ce sujet. Architects a toujours été un peu sur ce mode-là, mais peut-être Bury Tomorrow et d’autres groupes ont-ils eux aussi grandi. Je pense que ces thèmes deviennent de plus en plus importants quand tu vieillis.

Avec tout ça en tête, est-ce-qu’on peut dire que 2020 a été une année inspirante pour la musique de manière générale ?

Christoph : Pour une chose, oui. La solitude, la dépression, la peur de ce qui peut arriver, et tout ce que ça implique, sont inspirantes pour l’écriture. Mais cela ne laisse pas de place à d’autres sujets. J’ai peur que toutes les chansons tournent autour de ça pour les prochaines années (rires). On a déjà eu ce problème quand Like a Parasite est sortie. Elle ne parlait pas du tout du corona, mais beaucoup de chansons sont sorties avec comme titre Parasite, avec comme thème le corona. J’ai peur que tout le monde se jette dans le même train. Je ne pense pas que ce soit vraiment inspirant, c’est plutôt une façon de survivre en tant qu’artiste et être toujours capable de faire de la musique en cette période.

Pourquoi avoir appelé cet album Aurora ? Le titre semble plus optimiste que les paroles des chansons et les idées qui se cachent derrière.

Christoph : C’est vrai ! Quand on était ici à travailler sur l’album, on s’est dit « Donnons un peu d’espoir aux gens, ne rendons pas les choses encore plus déprimantes ». Je pense que ce dont les gens ont besoin, c’est de la lumière au bout du tunnel, à laquelle ils peuvent se rattacher. On a donc eu cette idée de métaphore autour des étoiles, le ciel nocturne… On a pensé à Aurora, c’est un chouette mot, un peu dur à prononcer (rires). C’est un mot magnifique. On l’a couplé avec un décor de nuit, le ciel et un astronaute qui le regarde, toujours avec cette idée de lumière pendant des temps très sombres comme ceux-ci.

Y a-t-il une chanson qui vous correspond le mieux, au niveau des paroles ? Ou simplement que vous préférez ?

Christoph : C’est difficile à dire. Elles sont toutes très différentes, il y a beaucoup de sujets différents qui sont abordés. Je peux pas choisir une chanson comme ça. Toutes mes correspondent très bien.

Nico Vaeen : Je peux surtout y répondre d’un point de vue musical mais pas vraiment au niveau des paroles. Je peux parler de Face The Facts et de sa rythmique.

Par contre, y en a-t-il qui ont été plus difficiles à réaliser ? A cause de la situation sanitaire ou tout simplement au niveau musical ?

Christoph : C’est une bonne question. Toutes les chansons ont pris du temps. J’ai commencé à écrire en mai 2019, mais après un an, une bonne partie n’était pas encore finie. En mai 2020 j’étais toujours en train de travailler sur les mêmes chansons, ça en devenait limite frustrant.

Et pour la batterie ?

Nico : Pour la batterie…

Christoph : On pourrait parler de Face the facts ? Un terme pour expliquer ça ?

Nico : En effet, il y a un terme : ce n’est pas binaire, c’est « ternaire » (rires)

Christoph : En fait, c’est pas facile d’écrire une chanson heavy comme celle-là avec une telle rythmique. Ça commence sur un ton un peu amusant. Ça a pris du temps mais on a réussi.

Qu’est-ce qu’on peut attendre d’ANNISOKAY en 2021 ?

Christoph : Notre album évidemment, qui sort officiellement en janvier (sourires). On aimerait aussi faire un concert en livestream. Ce serait la toute première fois pour nous. Evidemment on espère pouvoir tourner et on aimerait que ce soit en avril. On y croit. Normalement on devrait obtenir un vaccin bientôt…  On est plein d’espoir. On n’a pas beaucoup de plans mais on espère que ceux-ci marcheront.

Vous avez également organisé des Q&A avec vos fans, est-ce que vous pensez en refaire bientôt ?

Christoph : Oui ! On aimerait en faire plus souvent. Parce qu’on n’a pas les shows pour rencontrer les fans et c’est la seule solution qu’on a pour leur parler. On pense se faire un compte Twitch et parler davantage de nos chansons, montrer un peu ce qu’on fait de l’intérieur. Ça ne remplace pas vraiment les concerts mais c’est une certaine façon pour nous de ne pas être oubliés (rires). C’est important pour des musiciens de garder contact avec le public.

Si vous deviez dire quelque chose aux musiciens et groupes qui subissent la crise en ce moment, qu’est-ce-que ce serait ?

Christoph : Continuez ! Gardez la tête haute, ne baissez pas les bras, c’est tout ce que je veux dire. Beaucoup de groupes souffrent à l’heure actuelle mais aussi les clubs, les salles de concerts… J’ai peur qu’on se retrouve dans une situation où il est possible de jouer, où c’est autorisé, mais qu’il n’y ait plus personne pour le permettre. J’espère vraiment que tout le monde pourra s’en sortir.

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