Orelsan: l’insouciance est finie

Après le remarqué « Le chant des sirènes » et le side-project des Casseurs Flowters avec Gringe, Orelsan revient avec le très attendu « La fête est finie ». Chronique !

Orelsan, c’est l’enfant terrible du rap français ; avec des textes aussi cinglants que cyniques, chaque mot est à décortiquer, chaque phrase est une punchline. En balançant « Basique » en guise de teaser, le Normand a mis tout le monde d’accord avec un titre sociétal voire engagé (« les mecs du FN ont la même tête que les méchants dans les films » et une instru simple et lourde en arrière-plan. Ambiance installée.

On pourrait vous écrire des pages entières sur cet album car il y a des choses à dire sur chaque chanson mais on va tenter de faire un condensé. Sur ce nouvel opus, le rappeur trentenaire a véritablement fait preuve d’introspection en offrant quelque chose de très personnel voire touchant dès « San », le morceau d’ouverture, il où dit « Pourquoi tu veux me mettre un bébé dans les bras ? J’ai déjà du mal à m’occuper de moi, j’essaye d’être droit, de faire des choix, de faire plaisir à tout le monde à la fois. » Sur le titre éponyme de l’album, on a véritablement droit à une prise de conscience de la part du chanteur concernant l’âge qui avance. Finie l’époque de la jeunesse insouciante, place à la maturité soucieuse, à la déception, aux claques générationnelles dans la gueule. Ce qui est amusant, c’est qu’en parlant de lui, ses textes font écho à la vie de chacun comme sur l’hyper cynique « Défaite de famille » qui en fera marrer plus d’un, notamment avec cette punchline incroyable « si vous n’avez pas peur du vide, regardez Murielle dans les yeux ! »

En plus de parler de lui, Orelsan parle également du monde qui l’entoure, de l’état du monde de façon naïve sur l’incroyable « Tout va bien » où il tente de faire relativiser un gamin sur ce qui l’entoure à coups de mensonges poétiques (« si les hommes se tirent dessus, c’est qu’il y a des vaccins dans les balles, et si les bâtiments explosent, c’est pour fabriquer des étoiles ! ») Orelsan, c’est le mec paumé qui ne sait pas trop où se situer par rapport à ce qui se trouve autour de lui et qui raconte cet état d’esprit à travers des mots parfaitement choisis sur des instrus lourds et efficaces, entouré de ses potes et non des moindres : Maître Gim’s sur « Christophe », Nekfeu et Dizzee Rascal sur « Zone », Ibeyi sur « Notes pour trop » tard ou encore Stromae (qui chante enfin) sur « La pluie ».

Quand il ne parle pas de ses frustrations sexuelles et du monde, Orelsan aime et ça lui permet d’écrire un de ses meilleurs titres, tout album confondu : « Paradis ». A lui seul, ce morceau mériterait un article complet tant le texte est beau et la composition bluffante de par sa simplicité aérienne. Une déclaration d’amour dans le rap est difficile à mettre en place mais celle-ci est d’une beauté imparable avant de laisser place à la conclusion avec « Notes pour trop tard » où le Caennais se livre probablement le plus à lui-même, comme s’il se parlait pour s’accorder une chance à ce qu’il n’a pas pu faire. Des remords pour plus tard.

Il faut maintenant conclure cet article avec un goût de trop peu dans les doigts. « La fête est finie » est un excellent album de rap mais surtout de chanson française. Orelsan s’impose en 2017 comme une figure importante et incontournable de son milieu musical avec une plume de plus en plus affinée et un storytelling accrocheur. Sous ces airs de branleur je-m’en-foutiste se cache un auteur acharné souvent sous-estimé par les critiques. Une choses est sûre, la fête est loin d’être finie.

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