Interview : Petit Prince

Après de longs mois, nous repartons à la rencontre d’artistes ! Nous reprenons donc nos interviews avec Petit Prince, le chanteur qui vient de sortir son album Les plus beaux matins. Nous le retrouverons ce jeudi 8 octobre au Botanique dans le cadre du festival Francofaune.

Comment ça va avec cette période un peu spéciale ?

Déjà moi je suis contre le Covid ! C’est naze mais c’est comme ça, j’essaie de m’y faire. Je passe par des jours de révolution où j’ai envie de brûler tous les masques et d’aller contre les normes de sécurité et d’autres jours où je me dis que c’est quand même important.

Ton album Les plus beaux matins devait sortir plus tôt dans l’année mais il a été repoussé à cause de cette crise sanitaire et on a entendu des politiciens dire qu’il fallait se réinventer. Comment toi, en tant qu’artiste, tu as vécu ça ?

La période confinement, je l’ai assez bien vécue parce que j’étais à la campagne chez mon grand-père. Comme pour tout le monde, c’étaient des moments hors du temps et ça m’a permis de faire beaucoup de musique, de piano, d’exercices de chant. J’ai fait le solfège donc ça m’a permis de faire de l’haltérophilie de musicien. C’était bien même si ça a tout chamboulé parce que finalement, ça a un peu étalé ma promo donc ça a permis de débloquer plein de choses que je n’avais pas eues au tout début comme des playlists radio un peu cool, donc en soi il y a eu des choses assez positives. Par contre le contexte actuel, surtout par rapport aux concerts, c’est un peu triste…

Surtout que les concerts se font assis pour le moment, tu le vis comment ?

J’ai fait un concert à Besançon il y a quelques jours et c’était assez triste… Normalement les concerts, c’est une énergie ! Peut-être que je me suis trompé dans l’énergie qu’il fallait donner parce que je pense qu’il faut adapter les choses ! Les moments rock avec les gens assis qui n’ont pas le droit de boire de l’alcool et qui portent un masque, ça ne fonctionne pas, je me demande ce que je suis en train de faire. Evidemment, t’es là pour donner un spectacle mais quand tu commences à gigoter tout seul face à un public qui hoche la tête en étant assis, c’est bizarre donc on va adapter le set pour avoir quelque chose plus dans l’écoute.

Pic by Florine Hill

Tu as dit que tu as fait du solfège et tu as un parcours musical assez varié en étant chanteur, compositeur, co-fondateur du label Pain Surprises… Comment en es-tu arrivé là aujourd’hui ?

Globalement, depuis petit j’aime écouter de la musique. J’ai commencé très tôt avec le piano parce que ma mère est institutrice et donc fort dans l’éveil des enfants mais ça ne me parlait pas plus que ça, jusqu’au jour où j’ai découvert le mari de ma prof de piano qui jouait du violoncelle et là, j’ai eu un coup de foudre pour le timbre de l’instrument ! Mon premier rapport à l’instrument, c’est vraiment ça. Après, j’ai enchaîné piano et violoncelle au conservatoire et la découverte du rock, de la drogue, du psyché, de la musique électronique ado puis adulte. J’ai toujours été fasciné par les studios d’enregistrement donc j’ai fait des études d’ingé’ son à l’école Louis Lumière à Paris et le hasard de la vie a fait que je suis devenu un peu producteur dans un label, ce n’était pas spécialement une volonté mais parfois, la vie nous amène des choses que l’on doit prendre. Et à 27 ans, je me suis dit que mon rêve d’enfant, c’était d’être musicien et que je devais le faire.

On a souvent tendance à penser qu’en studio, c’est le chanteur avec ses musiciens mais toi, tu t’occupes de tout. A quel point est-ce important pour toi d’être impliqué en tant que compositeur dans tes morceaux ?

La musique, c’est ce qui me fait vivre des émotions. Le chant, les paroles, c’est ce qui permet de les transmettre ! C’est ça et les mélodies de voix que les gens écoutent en premier. Quand on veut être musicien, artiste, on abandonne le côté loisir et le plaisir de faire de la musique pour soi parce qu’en fait, on fait de la musique pour les autres, pour que les gens l’écoutent. Moi ce que j’aime, c’est que les gens revivent des émotions passées en écoutant ma musique et que ça excite des zones de leur cerveau qui font qu’ils revivent des moments d’été, des amours passées, des chagrins… C’est ça mon rapport à la musique. J’ai travaillé ce côté chanteur qui n’est pas évident pour moi et là, je vais beaucoup travailler sur ça et j’espère que d’ici un, deux ou trois ans, ça se ressentira.

Tu parles d’émotions passées et justement, ton album est fort basé sur ça mais aussi sur des angoisses, de l’anxiété avec beaucoup de nostalgie. Est-ce la musique qui dessert tes paroles ou l’inverse ?

Ça dépend ! Parfois, j’ai des thèmes que je veux absolument adapter en musique comme sur Maman 67. C’est tout un travail, tu sais. Je venais au studio le matin et il fallait que je fasse des chansons qui allaient sur un album que j’allais vendre et qu’il allait y avoir une tournée… donc ça m’arrivait d’être au studio et de dire « je veux faire une chanson sur ça ! » donc je suis parti, dans le cas de ce morceau, d’un bpm de 67 battements par minutes car le 67 c’est le numéro du département de Strasbourg d’où vient ma mère et c’est l’attache que j’ai encore avec ce département ! Petit à petit ça vient, la musique arrive, je compose l’air et puis j’écris mes paroles avec cette sorte de guide. Les artistes, ce sont des gens un peu perdus dans le noir et qui essaient de trouver leur chemin dans une grotte en se disant qu’ils vont trouver l’or. On s’auto-guide avec des espèces d’objectifs qu’on se fixe. Je me moquais parfois de Lenny Kravitz qui disait que ses chansons lui apparaissaient dans des rêves et qu’il se levait ensuite le matin avec sa plume pour déverser son génie sur une partition et un jour, je suis arrivé en studio avec un morceau en tête que je n’avais plus qu’à finaliser, j’avais tout, je sentais le rythme, la batterie…

Dans l’album, tu fais une déclaration d’amour assez drôle et touchante à José, ton petit « chien chinois ». Comment t’es venue cette idée aussi touchante qu’improbable ?

La chanson a été composée à Bruxelles où on jouait le live de mon premier EP (Deux mille dix ndlr) au Café des Minimes pendant la gay pride. On jouait très tôt et au début, il n’y avait quasi personne. A la fin, peut-être sur la dernière chanson, le bar se remplit et ça devient vite plein. Les gens du bar étaient super sympas, on était un peu bourrés, super ambiance donc on a continué de jouer en improvisant parce que les gens étaient chauds ! On a jamé et la mélodie du morceau est venue comme ça en fait. Le lendemain dans la voiture, je demande les accords joués au mec qui jouait du synthé, il me les donne et du coup, je vais en studio avec cette boucle. Au moment d’écrire les paroles, je me tourne et il y a Joséphine, mon chien qui passe sa vie avec moi, qui est en train de dormir sur le canapé comme toujours et je lui ai écrit une petite chanson.

Petit Prince et son petit chien chinois – Pic by Florine Hill

On sent qu’aujourd’hui, dans les artistes les plus entendus, il y a beaucoup d’influences électro. Il y a 20 ans d’ici, on était davantage vers quelque chose de rock. Comment tu expliquerais ça et as-tu une idée de la suite sachant que les styles semblent se remplacer ?

Je pense que ça s’explique beaucoup par des phénomènes de société qui sont peut-être tout autre. La musique électronique, ça vient d’outils technologiques qui permettent de faire de la musique. Il faut avant tout comprendre que dans les années 60, il fallait attendre son tour pour avoir la chance d’être produit et souvent, quand c’était le cas, c’était une très bonne nouvelle parce que les autres ne pouvaient pas faire de musique et toi oui, on te payait le studio, il y avait des articles dans les journaux que les gens lisaient, puis ils achetaient les albums. Aujourd’hui, ce n’est plus du tout comme ça, les gens découvrent à travers des algorithmes ou au hasard, c’est plutôt organique. Les gens écoutent et partagent, c’est moins codifié qu’avant. Maintenant, tu peux faire un album avec trois fois rien et je ne dis pas du tout que ce n’est pas bien, j’ai moi-même fait mon tout premier disque dans ma chambre. Je pense que ça vient beaucoup de là. Après, pour l’évolution, je ne sais pas, je crois que ça évolue vers moins de phénomène de mode. Quand j’étais jeune, c’était la mode des Converse et tout le monde en mettait. Maintenant, les gens portent plein de chaussures différentes. Je pense qu’avec la musique et avec Spotify, Deezer, Soundcloud et toutes ces plateformes, ça fait que c’est plus épars, les gens écoutent moins d’albums mais davantage des playlists. Je pense qu’on va plutôt vers une sorte de fusion et de diversification.

Tu parles des plateformes de streaming, comment les vois-tu ? Tu es un jeune artiste donc tu es un peu dans cette mouvance, là où des artistes plus anciens prennent un peu plus de recul.

Il y a du bon et du moins bon, je refuse l’adage « c’était mieux avant ». Je pense que le côté album malheureusement se perd un peu au profit du single parce que la technologie fait qu’aujourd’hui, t’as presque plus intérêt à sortir des singles qui vont être playlistés ou pas pour que les gens écoutent 2-3 de tes morceaux voire un seul, puis ils passent à l’artiste suivant. Ça casse un peu ce côté création artistique plus aboutie. Moi je suis fan du format album mais l’avantage, c’est que c’est un truc qui a réglé un peu la crise du disque parce qu’il y a de nouveau de l’argent dans la production et il y en aura sûrement de plus en plus, c’est positif ! Même si finalement les majors et les grosses structures ont réussi à truster ces nouvelles technologies, c’est quand même quelque chose qui, dans l’idée, a pour but de donner du pouvoir aux gens car tu mets ta musique sur la plateforme, t’es plus obligé d’avoir un directeur artistique qui va te dire si t’es bon ou pas, t’as plus ce videur devant la boîte.

Comment on fait pour percer dans ce cas avec cette masse d’artistes, l’absence de DA… ?

Je ne pense pas qu’il y ait une recette miracle. Pour percer, je pense que l’artiste ne peut plus se permettre d’être le geekos qui a du talent avec un producteur derrière qui a vu son génie pour en faire une star. Aujourd’hui, ça vient plutôt de se faire convaincre par l’artiste que par des journalistes ou des journalistes même si c’est toujours un outil. Maintenant, il y a les réseaux sociaux donc tu dois trouver une manière de te faire comprendre, c’est un peu plus large. Moi qui ai un label, parfois on tente des trucs et ça marche ou pas ! Il y a aussi un truc de temps et d’alignement de planètes.

Pic by Florine Hill

Les concerts reprennent tout doucement même dans des configurations particulières. Qu’est-ce qu’on peut te souhaiter pour l’avenir ? Est-ce que tu vas tourner ? Enregistrer ?

Moi ce qu’on peut me souhaiter, c’est justement cet alignement de planètes, de vivre. On peut être connu ou pas, il y a des concerts qui sont bons ou pas et là, ce que j’aimerais beaucoup, ce serait de vivre un moment de fou avec le public un peu comme j’ai vécu au Café des Minimes, les gens étaient drôles, ils sont montés sur scène avec nous… c’est ça que j’ai envie de vivre ! J’ai envie aussi de faire des chansons un peu intemporelles. Ici dans l’album je parle de moi, de mes proches… et j’ai un peu envie de parler de trucs intemporels, de faire des morceaux à la Everybody Hurts qui parlent de sentiments universels.

On a parlé de jeunes artistes donc pour terminer, si tu devais me citer un jeune artiste que t’écoutes pour le moment ?

C’est dur, je suis un peu un vieux naze ! Je ne vais pas dire Billie Eilish… (il réfléchit longuement) Khruangbin ! C’est assez chill. Sinon j’adore Muddy Monk avec la track Mylenium qui pour moi est un chef-d’œuvre et je ne mets pas beaucoup de chansons dans cette catégorie !

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