Conf’interview #7 : Maximilien Toussaint (Winter Woods)

Maximilien Toussaint est chanteur et guitariste pour le groupe folk Winter Woods. Les Belges ont sorti leur premier album en novembre 2019, un disque remarqué et remarquable dont nous vous avions parlé. Depuis, Winter Woods a connu le confinement et les concerts déconfinés. On évoque tout cela dans notre entretien.

Comment ça va en ce moment ?

C’est un peu difficile, on garde le moral malgré tout mais c’est plus difficile que le premier confinement.

Comment vis-tu ce deuxième confinement ?

Plus mal que le premier dans le sens où il faut commencer à se dire que ça ne va pas s’arrêter tout de suite donc on doit envisager d’autres choses et on n’a pas vraiment l’opportunité de le faire. C’est super difficile je trouve. Avec le premier confinement, t’avais le côté « nouveauté » de la chose. Personnellement ça m’a permis de faire une pause parce qu’avec Winter Woods on était fort, fort actifs, autant qu’on pouvait donc c’était un moment pour souffler. Mais là ce moment de repos devient très long pour moi…

Tu as l’air de dire que le premier confinement avait été plus « simple » pour toi, comment tu l’avais vécu du coup ?

Comme je disais, c’était plus cool parce qu’avec les autres membres du groupe on travaille sur le côté en plus de la musique mais on essaie quand même de pousser cette musique à fond, ce qui implique des horaires et une cadence assez élevés donc le premier confinement ça a été une bouffée d’oxygène et de repos. Ça m’a permis de me recentrer parce qu’à force de tout le temps faire la même chose, tu te mets dans une machine donc j’ai pu revoir ce que j’aimais faire en musique et ma façon de composer. J’ai pu composer plein de trucs super !

J’imagine qu’il y a différents points de vue au sein du groupe, comment les autres membres l’ont-ils vécu ?

C’est plus difficile pour certains que pour d’autres c’est sûr. Pour moi c’est bien dans le sens où la musique ne s’arrête pas, même s’il n’y a plus de répétitions parce que je peux prendre ma guitare et jouer tout seul, même si ça me manque d’être avec le groupe. Pour les autres, c’est vraiment un arrêt brut et net ! Ça ennuie un peu tout le monde. Adrien par exemple, notre pianiste, je sais bien qu’il n’en peut plus de ne pas faire de musique…

Pic by Guillaume Fonteyn

Vous avez mis des choses particulières en place pour maintenir le cap avec le groupe ?

On a un peu essayé les live. Je t’avoue que je ne suis pas hyper fan du principe parce que ça ne permet pas de rendre une bonne qualité. Autant enregistrer un truc et le faire passer par un ingé son pour avoir un bon rendu mais alors ça devient une vidéo… Un live ça doit être live. J’ai essayé mais voilà. Par contre, ça a été l’occasion de se reconcentrer sur ce qu’on devait faire, sur la façon dont on peut sortir des choses mais aussi d’exploiter le matériel qu’on avait. On a aussi envisagé un nouveau plan de relance de notre musique.

Il y a déjà des idées intéressantes qui seraient sorties ?

En gros, on a booké un studio, on a pris des chansons qu’on aimait bien, on les a travaillées et enregistrées et maintenant on travaille dessus pour essayer de faire un beau truc ! Et là on pense à de nouveau booker le studio pour refaire du matos.

On voit de plus en plus émerger des live payants, quel est ton point de vue face à ça ?

C’est compliqué… Etant donné qu’il y avait le concept gratuit au départ, je pourrais comprendre que ça puisse vexer certaines personnes. D’un autre côté, un artiste ça doit être payé ! S’il n’a que cette opportunité, on ne peut pas le blâmer de se faire payer de cette façon. Moi je ne suis pas chaud pour les live donc je peux comprendre que les gens ne le soient pas (rires).

C’est une autre façon de se donner de la visibilité et de se rémunérer avec le statut d’artiste qui n’est pas toujours mis en valeur ici et justement, qu’est-ce que tu penses de ce statut ? Quel message voudrais-tu faire passer ?

Intéressez-vous à nous ! Mettez-vous dans notre peau. En toute franchise je n’ai jamais essayé d’avoir le statut d’artiste. J’ai un grand frère qui fait de la musique depuis bien avant moi et qui a essayé de l’avoir pendant des années sans jamais réussir. D’après ce qu’il me disait, je me suis dit que c’était beaucoup trop compliqué, ça semble même impossible. C’est extrêmement dommage parce qu’on a de la culture et on pourrait en avoir tellement plus. Mon message ce serait qu’il faut penser comme un musicien, comprendre ce qu’on peut apporter et faciliter l’accès à la culture tout en ayant des conditions intéressantes.

D’où pourrait venir le problème selon toi ?

Je ne sais pas… Le monde artistique est très compliqué. En fait il y a très peu d’élus tu vois et la diffusion de l’art est maitrisée par une toute petite partie de personnes qui prennent souvent le même style et les mêmes artistes qu’on entend en boucle et en boucle. Et à côté de ça, tu as une énorme scène d’autres artistes qui n’ont pas le pouvoir d’être entendus parce que les gens ne les connaissent pas et à moins d’être vraiment passionné de musique, d’aller à des concerts pour découvrir, tu ne connaitras jamais ces artistes parce qu’ils n’ont pas les moyens d’être diffusés, ne serait-ce que sur les radios. Je ne veux pas en citer mais je sais qu’il existe un format radio et que ce seront toujours ces mêmes personnes qui passeront sur ces ondes.

Est-ce que vous, en tant que groupe folk, vous seriez prêts à rentrer dans ce moule si c’était le seul moyen de s’en sortir ?

C’est un peu le tiraillement qu’on a tous les jours. Ça nous est déjà arrivé, en composant un morceau, de nous dire « tiens celui-là il est fait pour la radio » ! T’es obligé si tu composes un truc. Bohemian Rhapsody ça n’arrivera plus, plus aucune radio ne passera ça. Le problème quand tu fais ça, c’est que tu vas contre ta nature et tu finis par sortir quelque chose qui ne te ressemble pas et souvent, c’est moins qualitatif. Du coup, il faut faire ce que tu aimes tout en adoptant les codes et ça c’est hyper difficile. Mais bien sûr, on y a déjà pensé.

Vous avez expérimenté les concerts assis avec les gens masqués. Comment vous l’avez ressenti ?

C’était hyper compliqué… Tout d’abord je voudrais dire que les gens qui viennent nous voir dans ces conditions on les remercie mille fois. Ce n’est pas facile pour eux et ils bravent une forme de peur installée par les médias, il y a toujours un risque malgré tout donc ça nous fait ultra plaisir. Par contre, ce n’est pas du tout la même chose. En fait, ça brise un peu la motivation, le concert a du mal à démarrer. Il y a des moments où ça monte et puis bam les gens sont à table, ils boivent une bière, ils discutent dans leur bulle. C’est un peu comme quand tu commences à jouer et qu’on t’engage dans une pizzeria pour jouer en bruit de fond. Pourtant, les gens sont là pour t’écouter mais s’ils ont un masque, tu ne vois pas leurs expressions. Déjà de base, quand quelqu’un kiffe un concert tu peux ne pas le voir sur son visage parce qu’il est juste captivé mais si en plus ils portent des masques et qu’ils sont séparés à des tables c’est plus compliqué.

Quelle est la plus grosse barrière selon toi ? Le masque ou le fait que les gens soient assis ?

Le masque. C’est hyper dur de se connecter avec les gens quand ils en portent un. A moins que les gens ne soient hyper expressifs, qu’ils commencent à danser, à te faire des pouces « ouais c’est super » c’est très compliqué.

Une fois que tout ça sera terminé, vous n’avez pas peur des embouteillages dans les salles de concerts à cause de certains artistes qui seront privilégiés à d’autres ?

Si si, ça va être la cohue. Déjà rien que pour les festivals on s’est posé la question parce que toutes les anciennes têtes d’affiches vont être reprogrammées donc en tant que petit artiste tu ne pourras pas être programmé. Tous les shows que les gens attendent vont aussi être reprogrammés donc oui, ça va être extrêmement compliqué et on ne sait pas encore comment on va faire. En fait, il faut dès maintenant négocier des trucs dans le futur. On est en train de discuter pas mal en ce moment pour essayer de rouvrir tout ça.

Quelle est la suite pour Winter Woods ?

Ce n’est pas encore défini avec certitude mais il y a des nouveaux titres qui arrivent, ça c’est clair. C’est juste qu’on a envie de bien faire les choses donc vous allez entendre parler de nous assez vite je pense parce qu’on va mettre le paquet. On a déjà trois titres d’enregistrés, deux que les gens connaissent parce qu’on les joue en live et un qu’ils ne connaissent pas. On envisage d’enregistrer un EP.

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